
Traverser l’Afrique du Sud en voiture ? « Pourquoi pas ! » – s’est-on-dit à l’été 2018 avant de commencer à préparer notre périple. On a eu devant nous 2500 kilomètres d’aventures, de pauses café au beau milieu de paysages d’une remarquable beauté, de rencontres avec des Sud-Africains auxquels on voulait poser tant des questions.
L’Afrique du Sud est un pays d’une extrême beauté et d’une incroyable diversité. L’exotisme des paysages africains y côtoie la modernité des infrastructures routières, hôtelières et gastronomiques. Revers de la médaille, l’Afrique du Sud est devenu une destination très touristique. Il faudrait vraiment s’éloigner des sentiers battus ou passer par le Lesotho pour se sentir dépaysé ici. Néanmoins, pour ces voyageurs rebelles qui veulent bien reconnaître qu’ils n’échapperont pas à la notion de tourisme, l’Afrique du Sud peut beaucoup apprendre, sur sa diversité et sur les beautés de sa nature.





Rester safe
Organiser son voyage en Afrique du Sud, ce n’est pas la mer à boire : tout se passe en ligne, de la location de voiture au booking des tickets d’entrée ou de city tours au Cap, en passant par des réservation d’hébergement. Si on s’en tient aux attractions touristiques et que l’on reste sur les routes principales en journée, le risque de se faire agresser ou cambrioler reste faible. Pendant les deux semaines de notre séjour, on n’a pas eu le moindre souci ; je ne compte pas les petits singes chapardeurs qui avaient toujours envie d’explorer l’intérieur de notre tente.

Le fantôme de l’apartheid y est toujours vivant. On le voit de loin flottant sur les townships, ces zones urbaines sous-développées, souvent composées de baraques en carton et en tôle. Le régime de l’apartheid s’est officiellement achevé en 1994, mais les disparités entre la majorité noire et les Blancs demeurent aujourd’hui encore flagrantes en Afrique du Sud. Le pays continue donc sa bataille contre les inégalités sociales et raciales, la pauvreté et le chômage. Les touristes y restent une cible facile – évitez donc de rouler la nuit tombée ou de vous balader dans les villes tout seul si vous tenez à vos affaires personnelles (même sur les courtes distances il vaut mieux prendre un Uber).
APARTHEID
L’apartheid, régime racial basé sur le « développement séparé » des races et des ethnies, a été introduit en Afrique du Sud à partir de 1948 par le Parti National, puis aboli en 1991. Cette politique de ségrégation raciale, où le statut social d’une personne dépend de sa race, a été également appliquée en actuelle Namibie, région autrefois administrée par l’Afrique du Sud. Le concept d’apartheid a évolué à travers les siècles pour devenir un produit final du nationalisme afrikaner, exacerbé par la religion et les guerres avec les britanniques, et par le peuple obsédé par le pouvoir et la peur pour sa survie. Plus d’information dans le livre Un long chemin vers la liberté de Nelson Mandela.
LES BOERS ET LES AFRIKANERS
Ces mots portent à confusion ! Les Boers sont des descendants des premiers colons principalement néerlandais, flamands et huguenots français, installés en Afrique du Sud au cours des XVIIe et XVIIIe siècles. Ils s’y sont implantés à l’époque où la Compagnie hollandaise des Indes orientales régnait sur Le Cap (1652-1795). Au XXe siècle, le mot Boer disparaît pour laisser place à celui d’Afrikaner qui désigne encore aujourd’hui un Sud-africain blanc qui s’exprime dans une langue dérivée du néerlandais du XVIIe siècle : l’afrikaans.
Que visiter sur la route Joburg-Cap
Le Parc National Royal Natal
Le parc national Royal Natal, qui fait partie du Parc du Drakensberg, offre les plus beaux paysages de montagnes d’Afrique ; on s’y est donc rendus directement depuis l’aéroport de Johannesburg. Il est situé dans la province du KwaZulu-Natal et est classé aupatrimoine mondial de l’UNESCO. Avec son fabuleux Amphithéâtre, cette paroi rocheuse de 5 kilomètres de long, son sommet du Mont-Aux-Sources et ses chutes Tugela, il offre une diversité de pistes telle qu’on pourrait y passer plusieurs jours sans s’y ennuyer.





Le Royaume du Lesotho
Ici, on se sent vraiment dépaysés. Des gorges vertigineuses, des prairies à perte de vue, traversées au galop par des chevaux portant de jeunes cow-boys ; les lignes à haute tension ne gâchent pas ces paysages intacts ; alors sans électricité, sans téléphone, sans internet, le Royaume du Lesotho nous montre comment il cultive son authenticité.
Regardez ce poste sur le Lesotho !



Parc National Addo Elephant
Après une journée entière au volant, on arrive à Addo au coucher du soleil, juste à temps pour installer notre tente. En août, le mercure peut descendre très bas ici, mieux vaut y penser en préparant son sac à dos. N’oubliez pas votre petite laine !
Comme son nom l’indique, on vient ici pour admirer les éléphants, comme le faisait Morel dans Les Racines du ciel. Le parc est accessible aux voitures de tourisme, les routes sont bien indiquées et faciles à emprunter. Impossible de se perdre ! Impossible de ne pas tomber sur un magnifique troupeau d’éléphants !
Hormis les éléphants, actuellement au nombre d’environ 600, les autres animaux réintroduits dans le parc sont le rare rhino noir, le lion, le buffle, la hyène mais aussi le léopard, l’élan et le bubale rouge. Au nombre des animaux nocturnes, on compte le porc-épic, le chacal et le bushpig, et aussi la mangouste et le caracal. Plus de détails sur le site du parc.
Les éléphants africains
En 1930, environ 10 millions d’éléphants sauvages parcouraient les immenses étendues du continent africain. Mais les décennies de braconnage, la perte continue de leur habitat et les conflits récurrents entre l’homme et la faune ont depuis décimé leur population.
Le commerce de l’ivoire a une longue et sanglante histoire en Afrique. Son début y remonte au XVIe siècle, coïncidant avec l’arrivée des premiers explorateurs européens. Cependant, c’est dans les années 1800, lors de la colonisation du continent, que les exportations de l ’ « or blanc » ont augmenté de façon spectaculaire. À travers les siècles, le nombre d’éléphants a tant diminué qu’en 1988 les écologistes ont averti que cette espèce serait éteinte d’ici dix ans, à moins que le monde n’agisse pour freiner la demande en ivoire.
Selon les rapports de la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (CITES), on estime qu’il reste environ 350 000 éléphants en Afrique, mais environ 10 000 à 15 000 sont tués chaque année par les braconniers.




La Garden Route
Imaginez les nombreux champs verts et dorés, les lacs tout bleus, les forêts impénétrables et la mer tout le long de cette côte qui nous rappelle que l’on touche la partie septentrionale de l’Afrique. Devant nous, 3 jours de route jusqu’au Cap sur la fameuse Garden Route ou Route des Jardins, une voie devenue très touristique car entourée par une végétation luxuriante. Elle s’étend sur 300 kilomètres et compte un nombre important de villes maritimes comme Knysna, Mossel Bay, Great Brak River, Little Brak River, sans parler de George, la plus grande ville et le centre administratif de la Garden Route. Si vous êtes fan de fruits de mer et surtout d’huîtres, ne manquez pas l’escale à Knysna ou Mossel Bay !




Bloukrans Bridge : pour les amateurs d’adrénaline
Le pont Bloukrans se trouve à une hauteur de 216 m au-dessus de la rivière Bloukrans et mesure 451 m de longueur. Le pont de Bloukrans est le spot le plus haut du monde de saut à l’élastique, exploité par Face Adrenalin depuis 1997 (néanmoins, c’est avant tout un pont routier sur lequel la route nationale N2 passe). Je ne le ferai jamais, même si vous me payez le voyage au Gabon. Mais mon Indiana Jones, lui, ayant toujours plus de courage que moi, a osé tester la solidité de leur élastique !



Le Knysna Elephant Park : pour les amoureux des éléphants
C’est dans cet établissement que l’on voit les rêves de Romain Gary sur la protection des éléphants en Afrique devenir réalité (Les Racines du ciel). Le Knysna Elephant Park, fondé en 1994, est le premier centre en Afrique du Sud ayant pour vocation de soigner des éléphants africains. Au cours des vingt dernières années, le parc a soigné et élevé plus de quarante éléphants : des orphelins, des animaux déplacés ou sauvés de l’abattage ou du cirque.
On a eu la chance de les nourrir à l’heure de leur repas – on a reçu un seau rempli de fruits et de légumes qu’il fallait leur donner directement dans la trompe. Ça donne un peu l’impression d’être au zoo, ce dont je ne suis pas trop fan, mais de l’autre côté, selon les guides, ça fait partie des interactions amicales entre l’homme et l’animal. On peut aussi opter pour une balade en compagnie de ces animaux magnifiques dans les espaces verts entourant l’établissement.
Les racines du ciel : premier roman écologique
« Les Racines du ciel » est un roman de Romain Gary publié en 1956, cet ouvrage raconte l’histoire de Morel et de son combat en Afrique (Le Tchad) pendant le chaos d’après guerre. Morel, environnementaliste amoureux des éléphants, avait pour mission de sauver les éléphants africains des chasseurs de trophées et de viande. Le périple de Morel au Tchad et aussi la métaphore de la quête du salut de toute l’humanité.
Moi je veux bien admettre que nous sommes peut-être les survivants d’une époque révolue, et que le poids des réalités ignobles nous fera bientôt disparaître de la planète, un peu comme les éléphants, tenez.
Les Racines du ciel, Romain Gary, 1958




Monkeyland : pour les amoureux des singes
Monkeyland est le premier sanctuaire de primates de toutes espèces en liberté au monde ; le centre organise des visites au cours desquelles vous verrez des centaines de primates comme des capucins, des lémuriens katta, des lémuriens mais aussi des singes écureuils, des vervets et des gibbons. Vous pouvez également vous promener dans la canopée grâce aux ponts aménagés à cet effet. Le port des lunettes n’est pas recommandé, sauf si vous n’avez rien contre leur perte – les petits singes sont des voleurs expérimentés !




Birds of Eden : pour les amoureux des oiseaux
Birds of Eden est le plus grand sanctuaire d’oiseaux et la plus vaste volière libre du monde. Le dôme maillé du sanctuaire a été construit sur 2,3 hectares de forêt indigène et monte jusqu’à 55 mètres. Vous pouvez y parcourir 1,2 kilomètres de passerelles, dont environ 75% sont surélevées, permettant de voir les oiseaux à tous les niveaux de la volière.




Le Cap-Occidental
Le Cap-Occidental, avec pour capitale le Cap, est la province la plus australe du pays, située dans le sud-ouest. Les premiers Européens d’origine néerlandaise se sont installés ici à partir de 1652. On a passé au Cap-Occidental nos trois derniers jours, ce qui était largement insuffisant pour voir tout ce dont on avait envie. Le Cap offre au visiteur un grand choix d’activités sportives comme la plongée sous-marine, le surf et le kitesurf, le kayak de mer ou la pêche à la ligne, mais aussi des attractions touristiques comme la dégustation de vins à Stellenbosch, les parcours panoramiques dont la célèbre Chapman’s Peak Road ou le trekking.
Lisez cet article pour en savoir plus !







Conclusion ? Revenir au plus vite !
Lorsque je pense à notre périple en Afrique du Sud d’il y 2 ans, j’ai l’impression qu’il nous a juste donné l’avant-goût de ce que l’on pourrait y vivre. N’ayant pas beaucoup de temps pour la contemplation des paysages ni les conversations avec des locaux, on s’est souvent contenté d’admirer la vue par la vitre de la voiture et de discuter avec les taximen qui nous montraient que l’apartheid n’a pas complètement disparu (au contraire de ce que prétendent certains guides touristiques colorés), même si le pays a opté pour la réconciliation. Je ne vais pas vous mentir – 2500 km en 2 semaines laisse peu de temps pour la réflexion.
La seule chose que je changerais est la période : en août, c’est l’hiver en Afrique du Sud, et les nuits sous la tente sont là pour vous le rappeler ! La végétation, quant à elle, n’est pas au mieux de sa splendeur, on ne peut donc pas en admirer toutes ses beautés. Je vais revenir en Afrique du Sud, certes, mais en été et pour plus longtemps !

Sources. Pour en savoir plus de l’Afrique du Sud
- Long walk to freedom, Nelson Mandela.
- South Africa, Bradt Guide.
- Born a Crime, Trevor Noah.
- Burning the Grass: At the Heart of Change in South Africa 1990-2011, Wojciech Jagielski.
- Le vieux et le nouveau monde, La Presse.
- Routes africaines..., Roadtitude.
- Struggle to sustain Africa’s elephant population, UN Environment.
- Elephants, WWF.
- Definitions des mots : afrikaner, boer, Larousse.