Abidjan, la ville de tous les contrastes

Le quartier du Plateau à Abidjan. Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Abidjan

Il suffit au voyageur de jeter un œil sur cette ville qui s’étend sur la lagune Ebrié pour comprendre que c’est elle, le principal centre économique de la Côte d’Ivoire.

Abidjan avec ses hôtels cinq étoiles, ses gratte-ciels dressés au-dessus de la lagune et ses élégantes foules de businessmen fourmillant dans le quartier commercial en sont les témoins. J’irais même plus loin – Abidjan est la véritable capitale de toute l’Afrique de l’Ouest. Dakar, à côté d’elle, ferait presque figure d’une petite ville provinciale.

Il suffit au voyageur de humer l’air abidjanais à la sortie de l’avion pour reconnaître cette odeur particulière d’humidité et de chaleur, l’odeur des tropiques. Mais ici, il y a encore un nouvel arôme que je distingue dans l’atmosphère – le parfum du chocolat. Car la Côte d’Ivoire est le plus gros producteur de cacao au monde. Et pourtant, à la fin de notre aventure, on aura croisé de nombreux Ivoiriens qui ne connaissent même pas le goût du chocolat. « La Perle des lagunes », comme tout le pays, porte deux masques bien différents. Regardons-les de plus près.

« Je reviens de couper des feuilles. »

La légende à l’origine du nom d’Abidjan nous conte qu’un marin européen, en mission de reconnaissance sur la côte, l’a ainsi baptisée, voilà quelques centaines d’années. Il cherchait l’endroit le plus approprié pour tracer une voie ferroviaire vers l’intérieur du continent. Tout juste débarqué, il s’est mis à explorer la jungle qui recouvrait jadis la côte.

Au bout de quelques temps, il est tombé sur un autochtone qui ramassait du bois et lui a demandé de mille façons le nom de ce territoire. L’homme, n’ayant pas compris un traître mot à ce discours, s’est mis à expliquer fébrilement sa présence dans la forêt : « N’tchan M’bidjan ! N’tchan M’bidjan ! », « je reviens de couper des feuilles ». Le marin, très content de lui, a soigneusement noté ces mots dans son cahier et baptisé la région « Abidjan ». 

La ville de tous les contrastes

Au début du XX siècle, Abidjan se limitait à quelques quartiers : le Plateau, Treichville et Adjamé ; il n’y avait alors ni eau courante, ni électricité, ni cet amalgame de peuples qui fait son charme aujourd’hui. Au bout de quelques décennies, et suite à son développement fulgurant, la ville est devenue deux fois plus grande et quatre fois plus peuplée que Paris aujourd’hui.

Au milieu du siècle, deux grandes infrastructures ont beaucoup contribué au développement d’Abidjan : la construction de son port, aujourd’hui l’un des plus importants de l’Afrique de l’Ouest, et celle de la voie ferrée qui la relie avec Ouagadougou, la capitale burkinabé.

Puis, Abidjan a connu une forte croissance et une urbanisation galopante due à l’essor de la production du cacao, du café et d’autres cultures, avec pour corollaire une déforestation massive. Elle s’est ainsi transformée au cours du siècle en une véritable ville-monde : à la fois somptueuse et répugnante, huppée et mal famée, « encostardée » et déguenillée.

Les communes d’Abidjan

Les communes d’Abdijan.

Le Plateau, c’est le Petit Manhattan des Tropiques, La Défense abidjanaise : c’est le vrai centre d’affaires avec ses tours immenses, ses restaurants ultra chics et ses cafés à la française. Même si Abidjan n’est plus la capitale administrative du pays, elle continue de jouer le premier rôle dans sa vie politique, car les institutions de la république, telles que la présidence et l’assemblée nationale, sont encore au Plateau. C’est de ce fait le centre administratif, commercial et financier de la Côte d’Ivoire.

La ville ne cesse de se développer et de grandir, sans aucun plan d’urbanisation d’ailleurs, et toujours à deux vitesses. Car le Petit Manhattan ne fera jamais oublier cette immense majorité de la population souffrant de pauvreté, avec tout son cortège de malheurs.

La cathédrale Saint-Paul au Plateau est une structure moderne flanquée d’une croix inclinée.

Ses magnifiques vitraux retracent l’histoire de l’Église de Côte d’Ivoire.

Cocody est surtout un quartier résidentiel. On y trouve l’université Félix Houphouët-Boigny, du nom du père de la nation et son premier président, le siège du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI), la maison de la télévision (RTI), la grande majorité des ambassades ainsi que plusieurs centres culturels (le Goethe-Institut entre autres), des hôtels de luxe et même le zoo. Avant la crise politico-militaire du début du XXI siècle, c’était le quartier préféré de tous les expats ; aujourd’hui, ces derniers ont élu domicile à Marcory, comme par hasard plus près de l’aéroport.  

Cocody vu du 12ème étage.

La cuisine sénégalaise est bien connue à Abidjan. Et voici – le thiéboudienne.

Ces quartiers modernes du Plateau et Cocody ont connu un développement à l’européenne, avec la construction de hautes tours de bureaux et de grands immeubles, entre les années 1970 et le milieu des années 1980.

Au sud de la commune résidentielle de Cocody, dans la lagune Ebrié, se trouve un petit village appelé Blockhauss ; il résiste encore et toujours à la métropole de béton qui essaye de le dévorer. 

Le développement galopant d’Abidjan après la crise politique de 2011 a fait s’ériger de nombreux immeubles dans la lagune. Blockhauss est l’un des villages ébriés les plus emblématiques vu sa résistance à la vie citadine. Et cela depuis le temps des colons ! 

A la pointe du village et au bord de la lagune, vous trouverez un endroit où se mélangent les odeurs de poissons braisés, de bières et les cris venant des boîtes de nuits et des bars. Je ne pouvais pas imaginer une meilleure façon de m’immerger dans la vie nocturne de la ville.

Adjamé

La quartier d’Adjamé dispose de l’un des plus gros marchés de l’Afrique de l’Ouest. Son nom signifie « la rencontre » ou « le centre » en tchaman. Il joue un rôle très important dans l’économie ivoirienne – ce marché est une joyeuse palette de couleurs, d’odeurs et de bruits ; balade obligatoire pour tous les enthousiastes des marchés africains !

La gare routière d’Adjamé est le carrefour principal des lignes de bus et d’autocars qui traversent tout le pays et les pays voisins.

Marcory est essentiellement une zone résidentielle avec de nombreux restaurants, maquis et commerces. Biétry et Zone 4 sont des zones résidentielles huppées où ont choisi d’habiter la plupart des expats.

Treichville est une zone industrielle où se trouve le stratégique port d’Abidjan ainsi que de nombreux commerces, la piscine d’État de Treichville, le palais omnisports de Treichville, le palais de la Culture et l’hippodrome d’Abidjan.

Yopougon et Abobo sont les communes populaires les plus peuplées d’Abidjan. Yopougon était connue pour la rue Princesse où se trouvaient de nombreux maquis et boîtes de nuit, jusqu’à sa démolition en août 2011. Avant, on pouvait y trouver près de 1500 maquis !

Abidjan du côté du tourisme

Avec sa position de capitale économique et son infrastructure hôtelière équipée de centres de conférences dernier cri, c’est une ville bien adaptée pour le tourisme d’affaires ; dans cette partie du monde, Abidjan se situe au premier rang juste après Lagos au Nigéria. 

Néanmoins, ce n’est pas le cas pour le tourisme de loisir, qui ne parvient pas à trouver sa place. Abidjan est sans doute une ville au fort potentiel touristique, mais hélas ce potentiel est peu développé par les autorités. Pourtant, le tourisme pourrait générer plus d’emploi et aplanir les inégalités nées d’une urbanisation incontrôlée. 

Abidjan est devenue la victime de sa propre évolution : problèmes du traitement des ordures ménagères, de l’évacuation des eaux usées, des embouteillages… Tout cela nécessiterait une meilleure gestion et une stratégie de développement à la hauteur pour que la Perle des Lagunes puisse enfin se montrer sous son meilleur jour.

Car il est vraiment difficile de ne pas se laisser séduire par son visage vivant et fougueux, ses Abidjanais qui ne veulent que palabrer sous les tentes de ses étals, dans ses taxis et dans ses maquis.

Un grand merci à Ulysse et ses amis, qui nous ont immergées dans la vie abidjanaise !

Sources