Virunga, le plus ancien parc d’Afrique, rouvre ses portes


Le Parc National des Virunga, plus ancien parc d’Afrique, est situé dans un pays ravagé par le conflit le plus sanglant depuis la Seconde Guerre mondiale : près de 6 millions de personnes ont perdu la vie dans cette guerre civile qui dure depuis 24 ans. Le Congo pourrait pourtant être le pays le plus riche de la planète. Ses matières premières et ses minéraux précieux – et on pourrait ici mentionner le tableau entier de Mendeleïev – sont innombrables.

Ils sont cependant devenus sa malédiction, l’affublant du sinistre surnom de Cœur des ténèbres. Aujourd’hui, de nombreuses milices armées terrorisent les populations locales et une épidémie d’Ebola sévit dans l’est depuis un an. Comment gérer le parc dans de telles circonstances, en protéger la faune et la flore, aider les communautés locales et enfin – comment persuader les touristes d’y venir ?


Comment Virunga a-t-il relevé ce défi, et pas seulement dans le domaine de la sécurité de ses visiteurs ?


Pourquoi Virunga ?

Virunga, ex-parc national Albert, est un lieu où la faune et la flore sont les plus diversifiées d’Afrique. Le parc s’étend sur la chaîne volcanique des Virunga, qui a largement contribué à sa biodiversité. Deux volcans sur les huit que compte l’endroit, le Nyiragongo et le Nyamuragira, sont encore actifs. L’escalade du Nyiragongo est comme un voyage au cœur de la Terre – au bout de l’effort nous attend le plus grand lac de lave du monde. Pour en savoir plus, regardez ici.

Néanmoins, les gorilles des montagnes restent l’attraction principale ici. Ils sont au nombre de 280 dans les Virunga et il n’en reste que mille au monde : en dehors du Congo, on en dénombre environ 300 dans le Parc National des Volcans au Rwanda et 400 dans la Forêt Impénétrable de Bwindi et dans le Parc National de Mgahinga en Ouganda.

Les forêts des Virunga accueillent également d’autre primates – on peut y trouver des chimpanzés et des gorilles des plaines, ce qui fait des Virunga le seul endroit où ces trois espèces de primates coexistent.

Le parc et ses trésors sont gardés par des rangers particulièrement bien formés à la protection des touristes. Le documentaire Virunga en dit long sur leur dévouement et leur courage dans la lutte contre le braconnage et la déforestation illégale par les milices rebelles armées. Plus de 175 rangers ont déjà sacrifié leur vie pour la défense de la faune et de la flore locales.

Les menaces sont nombreuses : les braconniers, les rebelles, et les multinationales peu scrupuleuses qui rêvent de planter leurs griffes dans les richesses naturelles de ses lacs, de ses forêts et de ses sous-sol. Selon Emmanuel de Merode, légendaire directeur du parc, les enjeux sont importants : l’exploitation illégale des ressources des Virunga représente des millions de dollars par an.

Mesures sanitaires et sécuritaires

Visiter le parc est-il dangereux pour les visiteurs étrangers ? Pour ma part, je me suis toujours sentie en sécurité. Mis au pied du mur, Virunga a relevé le défi et peaufiné l’organisation des séjours touristiques dans ses moindres détails. Après l’enlèvement malheureux des deux Britanniques l’an dernier (libérés au bout d’une journée; un ranger a été tué), le parc est resté fermé pendant plusieurs mois, le temps de mettre en place des mesures de sécurité supplémentaires.

Avant d’arriver au bureau du parc, situé dans les bâtiments administratifs de la frontière congolaise, on se lave les mains plusieurs fois et notre température est régulièrement contrôlée. Tout au long du chemin, on est sensibilisés par des affiches colorées, aux symptômes de l’Ebola.

Ayant déjà fait une demande d’entrée sur le territoire congolais par l’intermédiaire du parc, toutes les formalités se déroulent sans encombre et – à l’heure prévue – on roule en convoi jusqu’au siège du parc, à Rumangabo. Une dizaine de rangers lourdement armés ne nous quitteront pas des yeux. Je me suis demandé si tout cela était vraiment nécessaire ou si c’était plutôt pour nous impressionner. En tout cas, on a été impressionnés !

Tous les employés du parc sont soumis à un contrôle sanitaire régulier. Les touristes n’ont aucun contact avec la population locale afin d’éliminer tout risque de contracter la maladie. La fièvre hémorragique Ebola, pour laquelle aucun vaccin sûr n’a encore été développé, se transmet par les fluides corporels d’une personne infectée et qui montre déjà des symptômes.

Pour mieux protéger la région, le parc a même organisé des points de contrôle dans le nord de son territoire pour prévenir la propagation de la maladie vers le sud (notamment à Goma, une ville frontalière avec le Rwanda, qui compte plus de deux millions d’habitants).

Tout le transport a lieu dans un convoi organisé à des heures précises et se déroule sans escale. Partis donc de la frontière, nous atteignons notre logement, des gîtes de luxe bien équipés, situés au siège du parc, lequel est entièrement clos et bien surveillé par plusieurs rangers (Mikeno Lodge). 

Les chiens aident les rangers à localiser les braconnier qui se cachent dans la brousse
Un bébé gorille de la famille de Humba
Siège de Virunga, Rumangabo
Nyiragongo
Notre team
ICCN – L’Institut Congolais pour la Conservation de la Nature

Premier tête-à-tête avec un gorille des montagnes

Je me suis toujours demandé quels sentiments éveillerait ma première rencontre avec un gorille des montagnes. À quoi ressemblerait son regard ? Le regard pesant de l’éléphant, véritable roi de la savane ? Le regard détaché du lion, ennuyé par notre présence ? Ou le timide regarde du zèbre, rencontré par hasard sur la route ? 

Lisez cet article pour en savoir plus !


Senkwekwe, le seul orphelinat de gorilles au monde

L’orphelinat de gorilles a Rumangabo, seul endroit au monde abritant les gorilles des montagnes vivant en captivité, a été créé en 2007 après le massacre de l’une des familles, Senkwekwe. Cette année, sept gorilles ont été brutalement assassinés dans les Virunga.

Pourquoi ce massacre ? Parce que pour enlever un bébé gorille, les braconniers sont obligés de tuer tous les membres de sa famille – et les adultes se battront jusqu’au bout pour protéger leurs petits.

Les rangers ont néanmoins réussi à sauver deux femelles âgées de plusieurs mois – Ndakasi et Ndeze, trop jeunes pour se débrouiller seules dans la jungle. Ils ont donc décidé de s’occuper d’elles et de leur créer les conditions les plus naturelles au siège du parc (le Centre Senkwekwe est juste à côté de la loge Mikeno). 

À l’exception de cet orphelinat, les gorilles des montagnes n’ont pas survécu longtemps en captivité.

Pour citer André Baum, le gardien des gorilles à l’orphelinat : « Les gorilles sont nos enfants : nous leur avons appris à marcher et à manger, nous dormons avec eux, nous faisons tout ensemble, jour et nuit. Nous avons créé des liens inséparables entre nous. Nous sommes une famille. Leur comportement montre qu’ils ne sont pas comme les autres animaux ; ils sont comme nous. »



La survie du parc et la population locale

La protection des animaux sauvages dans le parc des Virunga n’est pas la seule mission de ses dirigeants. Le parc tente également d’améliorer la situation économique des 4 millions d’habitants de la province. La population locale reste réticente à accepter les efforts de conservation du parc, en raison de la destruction de ses récoltes par les animaux, de l’interdiction du déboisement pour la production de charbon de bois et de la fermeture des terres fertiles du parc à la culture. Selon Emmanuel de Merode, directeur du parc, les pertes pour la population sont estimées à un milliard de dollars par an. Plus de détails dans ce reportage d’ARTE. De ce fait, il faut offrir une alternative aux peuples locaux.

Ce n’est que lorsque Virunga réussira à prouver que les congolais du Nord Kivu tirent bénéfice de la conservation du parc que le conflit d’intérêts entre l’homme et la nature sera résolu. Le parc prend donc de nombreuses initiatives dans la région pour y améliorer la situation économique et y créer de nouveaux emplois.

Le tourisme, les énergies renouvelables, l’agriculture et la pêche durables constituent les trois principaux secteurs de développement des Virunga. La promotion de l’énergie durable reste très importante, car elle servirait d’alternative à la déforestation pour obtenir du macala, charbon de bois largement utilisé par tout le peuple du Congo. 

Une savonnerie, des usines hydroélectriques et – tout récemment – une chocolaterie : de Merode est prêt à tout pour sauver le parc et la région du désastre économique, grâce à de nouveaux emplois. Le directeur compte en créer 100 000 au cours des cinq prochaines années. Il y a en effet urgence : le taux de chômage au Nord-Kivu est de 70% – les jeunes sans perspectives se font donc facilement recruter par des groupes armés qui leur promettent de l’argent facile. Pour en lire plus : virunga.org

Emmanuel de Merode

Prince belge n’ayant jamais vécu en Belgique, pilote, anthropologue et défenseur de la nature, il est né en Afrique et lui a consacré toute sa vie. Depuis 2008, lorsqu’il est devenu directeur du Parc National des Virunga, il s’est battu sur tous les fronts pour sa survie. Ressemble-t-il à un prince de conte de fées ? Oui, sauf que tout est vrai dans cette histoire.

Directeur de l’ICCN au Nord-Kivu et conservateur du parc, nommé par le gouvernement congolais, Emmanuel de Merode est à la tête des 700 rangers protégeant les lieux. Ses responsabilités comprennent la protection de la nature des Virunga, notamment des gorilles des montagnes, des okapis, des chimpanzés et d’autres espèces en danger d’extinction.

Ses succès sont nombreux – monsieur de Merode a mené à bien de nombreuses entreprises ; citons ici sa participation active à l’accord entre le gouvernement congolais et Laurent Nkunda, chef des rebelles, visant à démilitariser le secteur du parc où se trouvaient les gorilles. Il a également augmenté le financement du parc en développant un site de collecte de fonds et en organisant des levées de fonds sur les réseaux sociaux.

Les tentatives de démilitarisation et de restauration de la paix ont coûté la vie à de nombreux rangers. De Merode a lui-même miraculeusement survécu à une embuscade en 2014, au cours de laquelle il a été touché par quatre balles. Après un mois d’hospitalisation, alors que ses blessures n’étaient probablement pas complètement guéries, il est retourné à Virunga pour promettre qu’il n’abandonnerait pas le combat.

De Merode souligne le fait que le destin des Virunga dépend des générations à venir – si les ressources naturelles uniques du parc sont bien gérées, elles apporteront des avantages à tous les alentours, les hommes comme les animaux. En revanche, l’exploitation de ses ressources sans entrave pourrait bien renvoyer Virunga dans une spirale de déstabilisation et de violence. Plus de détails dans cette vidéo :

Cela dépend aussi de nous : touristes, observateurs ou simples passants, quelle pierre pouvons-nous apporter à cet édifice ? Car nous avons également un rôle à jouer : nous pouvons contribuer à la lutte en réservant une visite dans le parc ou simplement en sensibilisant l’opinion publique au travail effectué dans ce lieu unique qu’est le Parc National des Virunga, le parc le plus ancien et le plus diversifié d’Afrique.


Sources