
Le 6 avril 1994, il y a 25 ans, débutait au Rwanda un massacre qui sans nul doute est à ce jour l’une des plus grandes défaites humaines du XXe siècle – la communauté internationale n’ayant rien fait pour l’arrêter. Le génocide des Tutsis et des Hutus « modérés » opposés à la purification ethnique, planifié depuis des années par les Hutus « extrêmes », avait pour seul but l’élimination complète des Tutsis. S’il devait exister un enfer sur terre, le Rwanda d’il y 25 ans l’incarnerait.
Je me souviens encore du journal télévisé de cette époque en Pologne, qui a attiré par hasard mon attention enfantine : des serpents colorés de réfugiés portant des paquets sur la tête, l’horreur peinte sur leurs visages. Je ne sais pas si je regardais les Tutsis fuyant le génocide ou les Hutus fuyant plus tard la revanche de leurs victimes.
Vingt-cinq ans après le génocide, je voyage au Rwanda et visite sa capitale, Kigali, en me demandant ce qui la rend si différente des autres métropoles africaines que j’ai visitées. Le Rwanda semble respirer la sécurité. Les rues sont calmes, les trottoirs propres, l’herbe coupée ; je bois un café dans une cafétéria à la mode. Et j’entends les commentaires autour de moi : les Hutus et les Tutsis n’existent plus, nous sommes tous des Rwandais maintenant. Est-ce vraiment si simple ?
Le Singapour africain ? Une promenade à Kigali
Pourquoi Kigali est-elle si différente des autres villes africaines ? La ville se développe très rapidement depuis plus de 20 ans, grâce aux nouvelles technologies – les accélérateurs de start-up installés dans le centre permettent de démarrer rapidement un nouveau business ; la recherche de solutions innovantes dans les domaines de l’agriculture, du transport ou du paiement « non-cash » ne nécessite pas d’investissements financiers importants.
À côté du Centre des Conférences, vous pouvez trouver un centre commercial moderne avec terrasses, restaurants et boutiques à la mode, rempli d’hommes d’affaires en costard cravate. Kigali voudrait suivre l’exemple de la Silicon Valley : elle construit donc le plus grand campus d’Afrique, ultra innovant, pour un montant de 2 milliards de dollars. Dans les prochaines années, Kigali sera la capitale africaine des technologies du futur. Le Singapour africain – c’est sous ce nom que la capitale rwandaise voudrait être connue dans le monde.




Au lendemain du génocide
Le Front Patriotique Rwandais (FPR), créé par des fugitifs tutsis en Ouganda sous la direction de Paul Kagame (l’actuel président), a mis fin au génocide après un massacre qui a duré 100 jours. Toutes les branches de l’économie étaient en ruine et les blessures subies par la société rwandaise semblaient ne jamais pouvoir guérir. Une partie des Hutus s’est réfugiée au Congo : mais des milliers de femmes et d’enfants Hutus ont été tués en guise de représailles, alors que beaucoup de vrais criminels réussissaient à s’échapper dans les forêts congolaises, d’où ils déstabilisent la région encore aujourd’hui. Les séquelles du génocide rwandais sont l’une des raisons des conflits armés au Nord-Kivu, en RDC, région dans laquelle se trouve le Parc National des Virunga.
Après la prise de contrôle du pays, Paul Kagame a continué à diriger un gouvernement composé principalement de membres de la tribu tutsi. Depuis plus de 20 ans, il impose un régime autoritaire au Rwanda ; il a réussi à le sortir de la ruine et à mettre les Rwandais sur le chemin du pardon. Les blessures semblent être guéries, tout du moins à première vue.
Car le Rwanda est loin du chemin de la démocratie – en dépit de son ouverture aux nouvelles technologies et de son soutien à l’innovation : toute critique du gouvernement en place peut vous envoyer tout droit derrière les barreaux. Kagame est une figure controversée – d’un côté, il est le chouchou des gouvernements occidentaux, de l’autre, un dictateur africain de plus, qui a instrumentalisé la tragédie du génocide pour renforcer et stabiliser son pouvoir.

Sur les rives du Lac Kivu



L’un des grands lacs africains, le Kivu, se situe à la frontière de la République démocratique du Congo et du Rwanda. Sa côte est extrêmement pittoresque : ses eaux bleues entourent des îles couvertes d’une végétation luxuriante, la ligne de milliers de collines ondule tout au long de ses rives. Il n’est donc pas étonnant que ce rivage soit devenu l’une des principales attractions touristiques du Rwanda.
Le Congo Nile Trail
Le Congo Nile Trail, un sentier qui s’étend de la ville de Gisenyi au nord, à Kibuye au sud, a une longueur de plus de 90 km, ce qui fait saliver tous les fans de rallye vélo. Comme je ne suis pas une cycliste expérimentée, une seule journée a suffi pour m’achever et me faire abandonner mes projets un peu fous de devenir une pro du cyclisme sans préparation adéquate. Contrairement aux apparences, le trajet est très difficile à cause de ses montées abruptes – il est donc nécessaire de se munir d’un vélo de vrai pro et d’être sacrément motivé !


Le Rwanda, malgré les pages sombres de son histoire et ses plaies toujours ouvertes, est un pays vivant et safe. Sa capitale, cosmopolite, attire de plus en plus de touristes et d’investisseurs étrangers. Les parcs nationaux: Nyungwe, Akagera et le Parc National des Volcans, riches en espèces intéressantes de plantes, d’animaux et d’oiseaux, offrent des itinéraires variés de trekking.
Vous pouvez également monter au sommet de ses volcans (éteints !), dont les pentes sont couvertes de forêts d’hagenia ; ou bien aller à la rencontre des gorilles de montagne ou des singes dorés dans la jungle. On trouve au Rwanda de plus en plus de locations de vélos, de maisons d’hôtes ou de bureaux de guides locaux ; le couchsurfing est aussi apprécié et pratiqué, surtout dans la capitale. Les déplacements en transport en commun, même s’ils durent toujours plus longtemps qu’ils ne le devraient, restent safe.
L’ordre qui règne, la faible criminalité, la réelle égalité hommes-femmes dans la politique et le business, l’ouverture du pays à l’innovation – tout cela participe à la stabilisation sociale et économique du Rwanda. Le pays des mille collines est en train de renaître des cendres laissées par la haine et son cortège de destruction, venez le voir de vos propres yeux.






Le Parc National des volcans

Le Parc des volcans est, comme son nom l’indique, une région comprenant cinq des huit volcans de la chaîne des Virunga – les volcans Bisoke, Karisimbi, Muhabura, Gahinga et Sabyinyo. C’est aussi l’un des rares endroits au monde où l’on trouve encore des gorilles de montagne. La primatologue américaine Diane Fossey a vécu et opéré ici il y a de nombreuses années, en sacrifiant sa vie pour la survie de leur espèce.

Depuis la fondation en 1967 de sa station de recherche Karisoke, jusqu’à sa mort tragique en 1985, Diane a mobilisé tous les moyens possibles et imaginables pour mettre fin au braconnage, limiter l’exploitation illégale des ressources de la région et protéger sa flore et sa faune. Ses recherches ont considérablement enrichi nos connaissances sur la nature et les habitudes des gorilles de montagne, réfutant le mythe du sanguinaire King Kong. Diane a été assassinée dans sa maison dans des circonstances mystérieuses. Le meurtrier n’a jamais été identifié. Pour en savoir plus sur elle, son héritage et sa mort tragique, je vous conseille les documentaires de National Geographic Les secrets dans la brume.



Les permis des gorilles sont ici les plus chers. À l’été 2019, le prix par personne s’élevait à 1500 dollars. À titre de comparaison, « un permis des gorilles » coûte 400 dollars au Congo et 600 dollars en Ouganda. C’est pourquoi beaucoup de touristes décident d’aller rencontrer les gorilles en dehors du Rwanda.
Le parc offre de nombreuses autres options touristiques moins chères, comme la randonnée vers les vestiges de la station Karisoke et la tombe de Diane Fossey, enterrée à côté de ses gorilles bien-aimés (et de Digit, son préféré ; pour les détails, je vous renvoie à son journal, Gorilles dans la brume, ou au film du même nom).
L’argent dépensé pour les billets d’entrée au parc contribue aux efforts de protection des gorilles des montagnes et aide la population locale à développer l’infrastructure autour du parc : améliorer la qualité des routes, construire des écoles et des hôpitaux. Grâce au travail autour de la protection des gorilles, leur statut est passé de « en danger critique » à « en danger » en 2018 (leur population est même aujourd’hui en augmentation).
Randonnée vers la station de Karisoke







La cuisine rwandaise






La cuisine rwandaise est basée sur les produits locaux, issus de l’agriculture traditionnelle – banane plantain (variété de banane verte, plus un légume qu’un fruit), légumineuses, patates douces, haricots et manioc (kassava). Moins souvent, il s’agit de viande, de produits laitiers et de poisson. Les pommes de terre, probablement introduites au Rwanda par les colons allemands et belges, sont également très populaires aujourd’hui.
L’Ugali est une sorte de bouillie de maïs et d’eau, ou de racine de manioc et d’eau (boule blanche sur la photo). Il est d’ailleurs consommé pratiquement dans toute l’Afrique de l’Est. L’Isombe est fabriqué à partir de feuilles de manioc (gruau vert sur la photo, à côté du riz) et servi avec du poisson séché. Le Matoke est un plat composé de bananes plantains grillées ou cuites à la vapeur.
La capitale, Kigali, nous offre un large éventail de possibilités gastronomiques : on peut y savourer une cuisine internationale, notamment indienne, chinoise, italienne et africaine. Dans les villages et les petites villes, la cuisine est plus simple et se compose souvent de poulet et de poisson, servis avec du riz ou des frites.
Pourquoi cela vaut-il la peine de visiter le Rwanda ?
Le Rwanda, malgré les pages sombres de son histoire et ses plaies toujours ouvertes, est un pays vivant et safe. Sa capitale, cosmopolite, attire de plus en plus de touristes et d’investisseurs étrangers. Les parcs nationaux: Nyungwe, Akagera et le Parc National des Volcans, riches en espèces intéressantes de plantes, d’animaux et d’oiseaux, offrent des itinéraires variés de trekking.

Vous pouvez également monter au sommet de ses volcans (éteints !), dont les pentes sont couvertes de forêts d’hagenia ; ou bien aller à la rencontre des gorilles de montagne ou des singes dorés dans la jungle. On trouve au Rwanda de plus en plus de locations de vélos, de maisons d’hôtes ou de bureaux de guides locaux ; le couchsurfing est aussi apprécié et pratiqué, surtout dans la capitale. Les déplacements en transport en commun, même s’ils durent toujours plus longtemps qu’ils ne le devraient, restent safe.

L’ordre qui règne, la faible criminalité, la réelle égalité hommes-femmes dans la politique et le business, l’ouverture du pays à l’innovation – tout cela participe à la stabilisation sociale et économique du Rwanda. Le pays des mille collines est en train de renaître des cendres laissées par la haine et son cortège de destruction, venez le voir de vos propres yeux.
Pour en savoir plus sur le Rwanda. Les sources
- Rwanda with Eastern Congo, Bradt Guide.
- Rwanda’s Capital is Attracting Tourists, Bloomberg.
- Balade dans Kigali, ville-ruche qui se rêve en « Singapour africain », Le Monde.
- Rwanda, le pays des femmes, Envoyé Spécial, France Télévisions.
- Why Rwanda’s Capital Kigali Is The Cleanest City In Africa?, Wode Maya, Youtube.
- Dian Fossey: Secrets In The Mist, National Geographic.
- Gorilles dans la brume, Dian Fossey.
- Aujourd’hui, nous allons dessiner la mort, Wojciech Tochman.
- La Trilogie rwandaise de Jean Hatzfeld.
- Hotel Rwanda, film de Terry George.
- Black Earth Rising, une série de Netflix qui parle des cicatrices laissées par le génocide sur ceux qui l’ont vécu.