En Tanzanie, à l’est du lac Victoria, s’étend une plaine recouverte d’une savane herbeuse, à travers laquelle, pendant la saison sèche, passent de nombreux troupeaux d’antilopes, de zèbres et de buffles. Dans leurs pas, des lions, des hyènes et des chacals, commencent leur chasse. À la toute fin de ce défilé, ce sont les hommes qui démarrent les moteurs de leurs jeeps pour suivre les animaux dans ce paysage d’infinies plaines d’herbes hautes.
À quoi s’attendre pendant notre premier safari en Afrique ? Comment s’y prendre ? À quoi faire attention ? Pourquoi choisir le Serengeti et ses alentours pour son premier safari ?
Première fois à un safari
Si vous vivez votre premier safari africain au parc du Serengeti, vous réaliserez immédiatement ce rêve d’enfant inspiré du « Roi Lion » – traverser la savane africaine en compagnie d’animaux sauvages. Bon, j’exagère un peu avec cette compagnie – on ne peut pas vraiment sortir de la voiture, même s’il nous semble que la girafe nous regarde si gentiment avec ses grands yeux doux, en nous souriant de façon si aimable… Une girafe peut tuer un lion d’un simple coup de sabot !
Les animaux au Serengeti sont omniprésents : des milliers de gnous et de zèbres traversent les plaines, passant même à quelques mètres de notre voiture. Des lions paresseux dorment dans les herbes basses, et seuls les yeux d’un observateur expérimenté peuvent les repérer sans jumelles. Parfois, ils se cachent sous la voiture pour échapper aux rayons impitoyables du soleil. Les phacochères, les Pumbas, babillent et pataugent joyeusement dans la boue au bord de la route. Tout est comme cela doit être : tous ces animaux sont libres, ils savent tous où ils vont. La nature à l’état sauvage nous rappelle que les hommes aussi font partie de ce cycle perpétuel de vie, même si nous nous en souvenons de moins en moins, perdus que nous sommes dans la jungle des villes en béton.

Organisation du safari
Un safari au Serengeti, organisé par une agence de voyage, demande d’importantes dépenses financières. Néanmoins, il ne nécessite aucune préparation particulière. Indiquer son prix exact est difficile – tout dépend du type d’hébergement, du nombre de participants, de sa durée et des services supplémentaires négociés avec l’organisateur. Le prix d’un safari de milieu de gamme de 4 jours, incluant la visite du Serengeti, du cratère de Ngorongoro, des plantations de café du nord de la Tanzanie et du parc du lac Manyara peut osciller entre 1000 et 2000 dollars par personne.


Un prix trop bas peut réserver des surprises désagréables, comme un guide qui ne connaît pas l’anglais et n’a pas trop envie de chercher les animaux dans la savane, ou une voiture dans un très mauvais état. Le prix ne reflète pas que la qualité du service, néanmoins cela vaut la peine de tout vérifier à trois reprises avant de faire un virement. Il convient également de savoir si, et dans quelle mesure, notre argent sera affecté aux objectifs de développement local et à la protection des parcs.


Le guide peut nous apprendre beaucoup de choses, non seulement sur la vie des animaux sauvages, mais aussi sur celle du peuple tanzanien et sur les bêtises dangereuses que d’autres touristes ont commises avant nous (y compris sortir de la voiture au milieu de la savane malgré les interdictions, donner à manger aux animaux, embêter les éléphants qui se mettent à charger la voiture pour rappeler les importuns à l’ordre).
Choisir son agence
Il vaut mieux faire le choix d’une bonne agence avec un guide-chauffeur, car il sera pour vous une source irremplaçable d’informations sur les espèces animales locales, leurs habitudes et les lieux qu’elles fréquentent le plus. Ainsi, Freddie, notre guide, a pu apercevoir un guépard en train de dévorer une antilope à une distance d’une centaine de mètres de la voiture ou des léopards cachés entre les branches des arbres. Vous trouverez des centaines d’agences de voyage au Serengeti sur Internet, et c’est ce qui m’a frustrée au début. Si vous souhaitez passer quelques jours dans la savane verdoyante à perte de vue, adressez-vous à Freddie (fredyjames4@gmail.com ou +255 753815736).

Il est également possible d’organiser vous-même un safari en prenant une voiture de location, ce qui peut réduire un peu les coûts (bien que cela ne soit pas si évident, louer un 4×4 en Afrique coûte toujours cher). Et puis les amateurs de sensations fortes trouveront leur compte d’adrénaline en traversant seuls l’immensité de la savane ! Pour mon premier safari, j’avais trop peur de me perdre et j’ai voulu profiter de la présence du guide pour mieux comprendre les enjeux du parc du Serengeti.


Le Serengeti n’est pas un zoo

Il semblerait que les touristes visitant les parcs nationaux de Tanzanie se rendent bien compte que les animaux y vivent à l’état sauvage, que leur migration n’est pas contrôlée et que la présence de l’homme n’y est ni nécessaire ni souhaitée. Néanmoins, au Serengeti et dans ses environs, on a régulièrement observé des touristes nourrir des singes et des oiseaux, restant sourds aux arguments des guides qui essayaient de leur expliquer les conséquences de leur comportement irresponsable. Les amendes peuvent atteindre plusieurs centaines de dollars et même mettre un terme à leur voyage. Cela ne freinait pas certains – ils préféraient payer une pénalité et avoir un selfie avec un babouin mangeant une banane.

Donner à manger aux animaux sauvages rend ces derniers plus agressifs, car ils associent l’homme à un repas gratuit. Certains animaux, nourris continuellement, perdent la volonté d’aller chercher de la nourriture par eux-mêmes. Dans le pire des cas, ces animaux peuvent même perdre la vie après avoir mangé des chips et autre malbouffe, laquelle n’est consciemment consommée que par les homo sapiens. Sortir de la voiture et gambader en compagnie de zèbres ou de gnous, même en apparence inoffensifs, peut se finir tragiquement si on se retrouve soudain à portée de leurs sabots.
Comment ne pas se faire dévorer par un lion
Comment ne pas se faire manger tout cru et garder sa place de dernier maillon de la chaîne alimentaire ? Il vaut mieux écouter votre guide. Il vous indiquera où soulager un besoin naturel hors de la voiture, saura où se trouvent les lions à telle heure de la journée, et si votre voiture parviendra à traverser cette flaque profonde. Il vous expliquera aussi les règles importantes en vigueur dans les campements au Serengeti. À notre arrivée au camp, on a d’ailleurs reçu un talkie-walkie afin de pouvoir alerter les gardes en cas de danger.






À la nuit tombée, on n’est pas autorisés à sortir de la tente sans la compagnie des rangers. Le territoire des camps n’est pas clôturé pour ne pas trop perturber l’habitat des animaux. En conséquence, au milieu de la nuit, un troupeau de buffles peut s’installer près des tentes. Le regard hostile des buffles exprime une extrême agressivité – ils sont tout de même capables de piétiner une voiture tout-terrain. Ayons donc peur d’eux.

Pour faire grimper encore le taux d’adrénaline, il arrive d’entendre le rugissement d’un lion tout près de notre tente. La voix de ce grand chat peut porter sur des dizaines de kilomètres à travers la savane du Serengeti. La nuit, les plaines résonnent de milliers de voix d’animaux et de bruissements d’insectes, on peut parfois percevoir des pas feutrés à l’extérieur de la tente, une manière de nous rappeler qu’un homme endormi n’est sûrement pas le dernier maillon de la chaîne alimentaire. À ceux doté d’une imagination fertile comme moi, je recommande de s’équiper de bouchons d’oreilles.

Les entrées des tentes sont éclairées toute la nuit, ce qui décourage la venue des pique-assiettes. Je n’ai pas entendu parler d’animaux essayant d’entrer dans les tentes – selon nos guides cela est pratiquement impossible. Néanmoins et dans la mesure du possible, il vaut mieux éviter les rencontres directes avec un lion – ce roi de la savane nous craint plus que nous ne le craignons, de ce fait il tuera pour se défendre et pas pour satisfaire sa curiosité culinaire. Les prédateurs du Serengeti n’aiment ni le goût ni l’odeur de la chair humaine. Apparemment !
Les Maasaï, une culture africaine en voie d’extinction ?

Le gouvernement en Tanzanie s’occupe de plus en plus de la protection des parcs, source importante de revenue pour le pays. Pour donner plus d’espaces aux animaux, il oblige les Masaï, peuples indigènes d’Afrique de l’Est, à migrer vers les grandes villes et à délaisser leurs traditions tribales – ils ne sont plus les bienvenus dans la savane où ils ont vécu pendant des siècles. Selon certains médias, il s’agit même d’intimidations envers ces bergers africains, qui doivent céder la place aux touristes et aux chasseurs (source). Les déplacements forcés de populations africaines au nom de la protection de la nature suscitent de plus en plus la polémique en Occident (pour en lire plus, je recommande le livre L’invention du colonialisme vert de Guillaume Blanc).
Les Maasaï sont connus dans le monde entier car ils habitent traditionnellement les alentours des parcs nationaux les plus célèbres du Kenya et de la Tanzanie, très fréquentés par les touristes. Les gouvernements des deux pays tentent depuis de nombreuses années de persuader les tribus de mettre fin à leur style de vie semi-nomade et de s’installer dans les villes, ce qui met en péril leur culture et leurs coutumes.


Quelle place pour l’homme dans ce théâtre infini de vie ?
Je ne me suis jamais sentie plus proche et, en même temps, plus lointaine de la nature qu’au parc du Serengeti. Je ne me suis jamais sentie plus vulnérable. Sans voiture, au beau milieu de la savane, je n’aurais probablement aucune chance de survivre. Un homme contemporain a besoin de tant de choses pour se sentir en sécurité et pour se sentir libre, que la notion de sa liberté devient une ombre triste, un malentendu, une source de recherche continue. Sommes-nous toujours une partie de ce cycle infini qu’est la vie ?






