L’île rouge : affreusement pauvre et pourtant incroyablement belle, elle reste hélas encore et toujours boudée par les touristes. Est-elle trop difficile, trop dérangeante? Sale et comme débraillée, nous mettant presque mal à l’aise, nous faisant presque baisser les yeux, cette île nous interpelle : qu’est-on venus faire là ? Voici pourtant quelques mots et images sur la simplicité de la vie et l’unicité de la faune et de la flore à Madagascar, et sur les raisons d’en faire nous-mêmes l’expérience.







Se déplacer à Madagascar



Les moyens de transport en commun étant peu développés, ils limitent les déplacements pour les voyageurs – la plupart décide donc de louer en amont une voiture avec chauffeur. Il y a peu de sociétés de location qui permettent de conduire nous-mêmes. Si l’on arrive à en trouver une, ça reste une option assez coûteuse et peu confortable, car il faudrait traverser les villages qui grouillent de commerçants, d’animaux, et de toutes sortes de véhicules.
Notre guide Tsu (amamih2004@yahoo.fr), qui a monté avec succès sa petite entreprise touristique voilà quelques année (grâce à un blog polonais), s’est révélé une aide précieuse pendant toute la durée de notre voyage. Nous craignions au début que la présence continue d’un inconnu nous pèse, nous gêne et nous limite dans nos choix ; en réalité, nous avons profité de son savoir tout au long de notre périple. Tsu dispose d’une équipe de chauffeurs expérimentés et agréables, et s’il ne peut pas s’occuper de vous personnellement, il vous confiera à l’un de ses collègues.
La qualité des routes à Madagascar est pitoyable, pour parler avec diplomatie. Les routes ne servent pas qu’aux seules voitures – et je ne vous parle pas ici des taxi-brousse dégageant des nuages des fumées qui surgissent à l’improviste devant vous. Tout ce qui vit à Madagascar peut passer sous nos roues : des cyclistes aux enfants mendiants, en passant par les chiens et les poules qui courent dans tous les sens, sans oublier le caméléon que l’on a bien failli écraser.

On dit des caméléons qu’ils sont les maîtres du camouflage – si on en croit les fables et les films, ils sont capables de se fondre dans leur environnement, quelles que soient ses couleurs et sa complexité, pour échapper au danger. Faux ! En réalité, les caméléons changent de couleurs pour manifester le changement de leurs émotions.
Plus grande des îles d’Afrique, Madagascar offre une variété unique au monde de paysages, d’espèces végétales et animales endémiques (environ 90% de ses reptiles, mammifères et plantes ne se trouvent nulle part ailleurs), une cuisine exotique, sans compter les sourires amicaux de la population locale, toujours curieuse de nous rencontrer.
Cela ne signifie toutefois pas que l’on puisse se déplacer à Madagascar avec la facilité à laquelle on est habitué en Europe. Il est déconseillé de conduire ou de se promener une fois la nuit tombée, ou de faire de longues randonnées sur les plages. Les Malgaches évitent également de conduire de nuit ou de pianoter sur leur portable en traversant les zones habitées. Les attaques contre les touristes, bien que rares, restent possibles, néanmoins le plus souvent il s’agit de vols et de cambriolages. La plupart des Malgaches vivent dans des conditions misérables ; un touriste blanc (vazah en malgache) peut être pour certains synonyme de richesse et de possibilité de gagner de l’argent.
Baobabs, les mères de la forêt
Situés sur le canal du Mozambique, Morondava et ses environs sont principalement connus pour l’avenue des Baobabs, qui fait la une de la plupart des guides parlant de Madagascar. Et non sans raison – lors de la saison sèche, les branches déplumées des baobabs baignant dans les rayons du soleil recèlent quelque chose de magique, d’extraterrestre. Les Malgaches qui parcourent l’avenue sillonnent la région d’un village à l’autre, portant équipements et marchandises diverses sur la tête.




Autrefois, les riches forêts équatoriales de Madagascar étaient constituées par de baobabs et d’autres arbres tropicaux. Aujourd’hui, après qu’ils ont été abattus, les souches des baobabs se dressent dans un paysage de champs arables et d’herbes brûlées. Selon l’agence Global Forest Watch, Madagascar fait partie de la triste liste des pays qui ont perdu le plus grand pourcentage de forêts.
Ici, plus de 70% de la population travaille dans les champs. Le manque d’argent et de connaissance de techniques agricoles plus efficaces poussent les Malgaches à pratiquer la déforestation et le brûlis, pratique interdite mais encore utilisée. Au bout de quelques années, le sol devient si aride que plus rien n’y pousse, ce qui encourage les agriculteurs à déboiser davantage, dégradant ainsi l’environnement : un cercle vicieux dont la perception est au au-delà de l’horizon des Malgaches ordinaires.

Les Zafimaniry, ou comment soutenir l’artisanat local
Au sud de la ville d’Ambositra, plongés dans le brouillard qui baigne les montagnes, se trouvent les villages de la tribu Zafimaniry. C’est l’un des 18 groupes ethniques vivant sur l’île, connu pour son travail traditionnel du bois dans la construction et l’artisanat, technique largement répandue sur l’île autrefois – lorsque le bois constituait encore une vraie ressource. Cet artisanat a été inscrit sur la liste du patrimoine immatériel de l’UNESCO. La construction ne fait appel à aucun clou ; les objets sont décorés d’ornements complexes, faisant référence aux influences indonésiennes et arabes très présentes dans la culture malgache.






Les tribus locales souhaitent accueillir des visiteurs considérant le tourisme comme l’opportunité de développer leurs villages, de réduire la pauvreté et d’améliorer l’éducation de leurs enfants. Le tourisme aide tous les villageois, les motive pour apprendre les langues et devenir guide ; il pousse à la création d’auberges pour les randonneurs et encourage l’artisanat local. La tribu Zafimaniry est un bel exemple de ce à quoi le monde ressemblait auparavant – sans télévision, sans Internet et sans hâte – un monde dont le rythme est dicté par le chant du coq et par le changement de saison.



Canal du Mozambique. Ifaty et Mangily
Tuléar, centre administratif de la province de Toliara au sud-ouest de l’île, n’a pas grand-chose à offrir. Cependant, il suffit de s’aventurer un peu plus vers le nord dans les alentours d’Ifaty, pour voir comment vit la population locale, qui travaille essentiellement dans la pêche et le tourisme. Autrefois, Ifaty était un petit village de pêcheurs, oublié du monde entier. Les choses ont bien changé – aujourd’hui, on peut même s’inscrire à un cours de plongée professionnel.



Je recommande vivement d’aller dans une discothèque locale et d’y consommer de la bière malgache, leur fierté nationale – la Three Horses Beer. Personne ne sait danser comme les Africains, personne ne sourit à la vie comme les Africains, malgré la pauvreté et la misère où ils vivent parfois. Les danses commencent à table, quand tout le monde est encore assis, pour continuer dans une véritable frénésie sur la piste de danse, au milieux des enfants et des poules.




Parc national de Ranomafana
Le parc national de Ranomafana est recouvert par la forêt équatoriale humide et compte de nombreuses espèces de lémuriens (notamment des coquelicots dorés et rouges, des lémuriens laineux et à ventre rouge), plus de 100 espèces d’oiseaux, de papillons et d’amphibiens. Faites attention aux sangsues – en cas de morsure, ne paniquez pas si vous ne parvenez pas à arrêter le saignement tout de suite. La salive de sangsue contient une substance spéciale, l’hirudine, qui empêche la coagulation du sang. Il faut donc attendre un peu plus longtemps avant que le saignement cesse.







Réserve d’Anja
Anja est un joyau dont nous n’avions pas apprécié toute la beauté au début. En nous dirigeant plus au sud sur la célèbre RN7, nous atteignons le lieu où règne le lémurien catta, symbole de l’île Rouge – vous vous souvenez du roi Julian, l’élu des lémurs? C’est lui !





Parc national d’Isalo
Isalo s’étend sur un plateau de grès datant du Jurassique (où se réfugient les lémuriens catta pendant la nuit), traversé de nombreuses vallées et canyons. On peut s’arrêter ici pour quelques jours de trekking et facilement engager un guide et louer des tentes. Il faut juste être équipé d’un sac de couchage.





Parc national d’Andasibe
Situé à environ 4 heures de route de Tana, le parc national de Mantadia-Andasibe comprend principalement les forêts primaires et secondaires où se trouvent les plus grands lémuriens – les Indris, que j’ai déjà mentionnés au sujet de leurs cris.
Le Vakona Lodge donne accès à un parc privé, l’île des lémuriens, où vivent les sujets orphelins: lémuriens de bambou, lémuriens noirs et blancs, lémuriens bruns entre autres. Habitués à la présence des humains, ils nous ont volontiers sauté sur la tête – chose que nous ne vivrons dans aucun autre parc de Madagascar.







La cuisine malgache









Il est impossible d’apprécier vraiment Madagascar sans tester ses spécialités culinaires locales – le choix est énorme ! La cuisine malgache ressemble un peu à la cuisine créole et a été influencée par les immigrés d’Asie du Sud-Est, d’Afrique, d’Inde, de Chine et d’Europe, notamment de la France.
Le riz est le principal ingrédient des plats malgaches – on voit très souvent des rizières le long des routes. Au sud, il est remplacé par des patates douces et des feuilles de manioc, qui ressemblent, au goût, à un mélange d’épinard et d’herbe. Le manioc est servi principalement avec du porc. La viande de zébu, une spécialité locale, est servie de toutes les manières possibles et sous différentes formes – steak, viande en ragoût, soupe, pizza ou pâtes. Le poisson et les fruits de mer, en particulier les langoustes, règnent sur la côte ; ils sont servis avec des herbes, de l’ail et du poivre, ou farcis de légumes.
Madagascar a besoin de touristes
Qui dit tourisme ne dit pas nécessairement hordes de touristes équipés des selfie sticks. Le tourisme peut avoir un impact significatif et positif sur toutes les économies. Les Malgaches en sont conscients et nos visites revêtent une grande importance pour eux ; même s’il n’y a pas de pingouins sur l’île Rouge, il y a des gens qui nous accueillent avec leur cœur, et une nature que l’on ne trouvera nulle part ailleurs sur Terre.








