Il semblerait pour certains esprits chagrins que la Namibie soit devenue victime de son propre succès. La simplicité et la sécurité du voyage sur son vaste territoire lui auraient collé l’étiquette d’une destination « pour des retraités allemands » (sorry retired German friends) ou encore « trop facile pour de vrais aventuriers », quoi que cela signifie. Des salades ! La Namibie offre la perspective d’un voyage en pleine liberté et abordable, si on évite la pleine saison et qu’on opte pour un 4×4 avec une tente (et un frigo, si on n’aime pas la bière chaude).
Ici, on joue à l’équilibriste sur la crête des dunes vertigineuses avec sous les pieds le plus vieux désert du monde, le Namib ; on traverse la Côte des Squelettes qui pendant des siècles a fait s’échouer les bateaux par ses brumes insidieuses ; aux points d’eau sur les plaines d’Etosha, on admire les derniers rayons du soleil caressant les troupeaux de zèbres et de girafes. À la saison sèche, on plonge dans le lit de ses rivières asséchées, on parcourt des étendues désertiques et des vallées rocheuses criant de soif.
Le royaume du 4×4 avec une tente de toit
J’ai opté pour un road trip en 4×4 avec AFRICAN SUN CAR HIRE, avec tente de toit et tout l’équipement nécessaire pour être indépendant. Je recommande sans hésitation cette compagnie familiale basée à Windhoek et gérée par des locaux, Steffen et Esme ; si vous cherchez un excellent rapport qualité-prix et des pneus à toute épreuve, c’est une bonne adresse !

Les incontournables de la Namibie
La Namibie est un territoire immense, splendide par sa faune et sa flore et riche par ses cultures indigènes – il est impossible de tout expérimenter et de tout goûter, même en un mois. N’ayant que 16 jours sur place, j’ai dû sacrifier quelques régions sur l’autel de l’implacable temps ! (par ex. Kaokoland, Bushmenland et Caprivi).
Et c’était un véritable crève-cœur !












Resérve Naturelle Okonjima
Okonjima est une réserve privée, située dans les montagnes Omboroko. La Fondation Africat s’y trouve également ; cette dernière n’abrite pas que de gros félins, mais également des espèces protégées comme le pangolin ou la hyène brune.







Parc National d’Etosha
Le parc, adapté aux self-drive safari, comprend un marais salant où presque rien ne pousse, et si grand qu’il peut même être vu de l’espace. Aux alentours, une faune abondante se rassemble près des nombreux points d’eau qui se forment après la pluie offrant une belle observation des animaux.
Pour en lire et voir plus sur Etosha, regardez cet article.












Le Damaraland
Jadis région autonome qui abritait uniquement le peuple Damara, elle compte aujourd’hui d’autres ethnies comme les Héréros ou encore les Himbas.



Le village Otjikandero de la tribu Himba
Ce peuple de pasteurs bantou semi nomade vit principalement sur les arides terres de Kaokoland, au nord de la Namibie. On peut le rencontrer également à côté de Kamanjab, où l’on organise des visites guidées d’un authentique village Himba.




Spitzkoppe
Spitzkoppe comprend un groupe de montagnes de granit nu datant de plus de 120 millions d’années. Ses sommets se détachent de façon spectaculaire des plaines désertiques environnantes. De vastes étendues désertes ménagent un excellent endroit pour le camping sous les étoiles — et nulle part on ne les verra mieux en Namibie !


La Côte des Squelettes, the land God made in anger
La Côte des Squelettes s’étend tout au long de la partie nord du pays. Longtemps associée dans l’imagination populaire aux naufrages de navires dans les sinistres brouillards hantant ces côtes, elle a hérité de ce nom funeste ; sans compter les carcasses de baleines et de squelettes de phoques qui jonchent ses plages.
Les épaves sur la route de Terrace Bay sont petites et peu nombreuses. Il faudra compter plusieurs jours aux « chasseurs de vrais trésors » pour en dénicher d’autres (Eduard Bohlen ou Otavi). Mais ce n’est pas ce qui donne sa sombre magie à ce « pays que Dieu a créé un jour de colère », mais bien son inaccessibilité, son immensité et son néant. Plutôt mourir noyé qu’échouer sur la Côte de Squelettes!




Terrace Bay, qui marque la fin de la route accessible aux voitures, est un camp situé sur la plage. Complètement perdu au milieu de nulle part, il donne l’impression de se trouver au confin du monde. Les locaux viennent ici pour la pêche et les soirées bien arrosées à l’unique bar-restau du coin. Chose étrange : il n’y avait pas de poisson au menu !


Cape Cross, un cap envahi par une colonie d’otaries
Tout au long de la côte namibienne et sud-africaine, il existe de nombreuses colonies d’otaries ; il y en a environ 80 000 à 100 000 à Cape Cross. Avant même de les voir, on peut les sentir des kilomètres à la ronde — leur odeur peut facilement décourager les nez délicats à sortir de la voiture !


La côte namibienne
On est revenus sur la côte namibienne pour admirer le fameux Sandwich Harbour, où les dunes vertigineuses tombent presque à pic dans la mer, offrant des paysages à couper le souffle — on voit rarement cette opposition, celle où un désert aride est si brutalement coupé par son contraire.
Longeant le bord de l’eau, on se sent un peu oppressés, pris en étau entre ces géantes sableuses et les vagues de l’Océan Atlantique.



Walvis Bay
A Walvis Bay, on a embarqué sur un bateau avec un guide pour observer les baleines, les otaries et les dauphins. Certaines otaries se sont habituées aux gens et viennent à bord pour jouer au jeu de « jette-moi du poisson ».
La chance nous a souri — une baleine à bosse apparue soudainement hors de l’eau, dans toute sa majesté, et nous laissant sans voix.






Sossusvlei
Sossusvlei est un marais de sel et d’argile qui s’assèche en hiver, entouré de hautes dunes couleur abricot, situé dans la partie sud du Namib et considéré comme le plus ancien désert du monde. On y joue à l’équilibriste sur les crêtes de ses dunes fameuses : Dune 45 et Big Daddy (vertige garanti à la montée — mais une belle vue… ça se mérite).



Deadvlei, « marais mort »
Cette cuvette d’argile blanche parsemée d’acacias morts qui comptent quelques centaines d’années est l’une des images emblématiques de la Namibie. Le bassin s’est formé après les pluies, lorsque la rivière Tsauchab a débordé de son lit, créant des mares temporaires où l’eau a permis la croissance de ces acacias. Lorsque la sécheresse a frappé la région, les dunes de sable ont empiété sur le plateau, coupant la rivière et condamnant ces acacias à mourir de soif.


Tiras Mountains et la route D707
En route pour Sossusvlei, on s’est arrêtés pour camper sur une ferme charmante, entourée par les montagnes Tiras qui côtoient les dunes rouges du Namib. La route D707 menant vers Sesriem a été l’une des plus merveilleuses qu’on ait traversée en Namibie (4×4 nécessaire pour ne pas se noyer dans le sable).




Lüderitz, où a commencé la colonisation européenne
Lüderitz, au sud-ouest de l’Afrique, est une charmante ville côtière qui a préservé son architecture coloniale allemande du tournant du 20e siècle. Lüderitz est un lieu à part, ici la vie passe avec une autre cadence et le temps semble parfois s’arrêter. Sables du désert coulant sur ses routes, plages désolées et montagnes escarpées alentour l’isolent encore plus du monde extérieur.
En 1883, un commerçant allemand, Adolf Lüderitz, a établi ici un premier comptoir (dans le sud-ouest de l’Afrique,) qu’il a rebaptisé Lüderitzbucht. Il a également acquis la zone côtière adjacente, qu’il a nommée Lüderitzland. Ces territoires ont constitué la première colonie allemande ; l’occupation s’est ensuite étendue à l’intérieur du continent.




Dias Point, les premières découvertes géographiques
Dans les alentours de Luderitz on trouve plusieurs sites historiques intéressants, par exemple l’endroit du premier débarquement de Bartolomeo Dias, petit coin de terre où il a planté une croix en 1487 et qu’il a baptisé « Angra Pequena », petite baie.


Kolmanskop, ville fantôme des chercheurs de diamants
Autrefois riche village minier, aujourd’hui ville fantôme transformée en musée, Kolmanskop est l’un des sites qui m’ont le plus marquée en Namibie. Car Kolmanskop se fait dévorer par le désert. Le sable s’infiltre partout et envahit jusqu’aux étages de ses maisons délaissées. Le vent fait grincer les portes à moitié dégondées. À l’aube, les rayons du soleil se glissent timidement dans les maisons désertes par les toits troués et les vitres cassées. Un spectacle à ne pas manquer.
La ville allemande avait prospéré au début des années 1900 après la découverte de diamants dans la région. Les ingénieurs allemands y avaient construit entre autres un hôpital, une salle de sport, un casino et même une usine de glace.
Au début des années 1950, les réserves de diamants s’épuisant, les mineurs ont commencé à se déplacer vers le sud jusqu’à la rivière Orange, où des gisements plus riches de diamants ont été découverts. La ville a finalement été abandonnée en 1956.






Fish River Canyon, le plus grand de l’Afrique
Le 2ème incontournable sur notre trajet est peu connu et encore moins visité, même s’il mérite le nom de l’une des plus grandes merveilles de l’Afrique. Le Fish River Canyon est considéré, à côté de Blue Nile Gorge en Ethiopie, comme le plus grand canyon de l’Afrique.
Fish River Canyon est entouré par des paysages d’un autre temps, déserts et infinis – on se croirait sur Mars. La Fish River serpente dans la profondeur du canyon et grignote les rochers qu’elle côtoie sur son chemin.

La Forêt « extraterrestre » de kokerboom
Quivertree forest est une forêt d’arbres « extraterrestres » , étranges et hors du commun à la fois. Le kokerboom est un type d’aloès extrêmement résistant au climat sec et aride, qu’on peut admirer dans le sud du pays. Pour en ressentir toute leur étrangeté, j’aurais bien dormi au camping d’à côté pour admirer ces arbres surprenants au coucher et au lever du soleil.


La fin : Windhoek et 4350 km au compteur – et on en avait pas assez !
La Namibie n’est pas un paradis perdu pour les amateurs de safari — l’abondance d’animaux sauvages n’est pas son plus grand atout ; elle ne fera pas non plus rêver les amoureux de côtes romantiques – ses plages étant peu hospitalières et venteuses. De plus, elle n’a pas d’infrastructure pour accueillir un grand nombre de touristes. Et pourtant, elle a su connecter les besoins du tourisme individuel en mode self-drive, avec les initiatives des locaux qui transforment leurs ranchs en guesthouses, campings et réserves privés pour safari (ou pour la chasse, hélas). Ainsi, la Namibie a su créer un éventail d’activités pour les visiteurs en mode road trip.
Le camping en pleine nature, les soirées autour du feu et les pistes à perte de vue m’ont envoûtée.





