Le Sénégal : une introduction à la culture ouest-africaine

Ce petit pays à 5 heures de vol de Paris montre les meilleures facettes de l’hospitalité africaine. Les Sénégalais sont exceptionnellement accueillants et serviables : ils adorent papoter avec des inconnus, les aider à trouver le bon chemin ou simplement les inviter à boire l’attaya, le thé local. Le Sénégal est appelé pays de « teranga », c’est à dire d’hospitalité en wolof, et non sans raison. 

Le Sénégal est le modèle de la stabilité de cette région de l’ouest africain : pas de coup d’état, pas de traces de guerres civiles ou de massacres dans son histoire récente. Avec sa culture hospitalière, sa côte pittoresque et sa capitale, Dakar, vibrante de jazz et de couleurs, c’est un excellent choix pour une première visite en Afrique de l’Ouest.

Malgré sa petite taille, le Sénégal recèle tous les paysages de l’Afrique : du bush, qui abrite différentes espèces de mammifères, aux dunes du désert de Lompoul, en passant par les lagunes couvertes de mangroves, sans oublier les marchés aussi colorés que poussiéreux ou encore les villages de pêcheurs où le temps s’est arrêté, on ne sait plus vraiment quand. 

Notre trajet : Dakar – Lompoul – St Louis – PN de Djoudj – Somone – Sine Saloum – Mar Lodj

Dakar, une ville de la renaissance africaine

Dakar, ou comment la version colorée et moderne de l’islam côtoie la culture ouest africaine.

À la fois intimidante et séduisante, Dakar est une ville de contrastes. Un regard à droite : on voit des hôtels chics offrant des cocktails colorés ou les restaurants du bord de mer servant les spécialités de chefs français. Un regard à gauche : on se fait gifler par la pauvreté et les tas d’ordures qui jonchent les plages et les rues.

La capitale sénégalaise peut nous tenir occupés pendant plusieurs jours (et nuits) : des balades dans son quartier traditionnel et animé, la Médina, aux marchés où les odeurs des épices se mélangent à celles du poisson et de l’humidité ambiante, sans oublier sa vie nocturne aux rythmes de jazz. 

Concert de jazz

Monument de la Renaissance africaine, un des plus controversés en Afrique. Son coût, entre 15 à 23 millions d’euros, une bagatelle ! 

L’île de Gorée

Il y a également de quoi visiter alentour – dans la baie de Dakar, à 20 minutes en bateau du port, se trouve une île – au premier regard – pittoresque et paradisiaque ; dans la réalité, un  héritage symbolique de l’esclavage. En effet, l’île de Gorée a été un de lieux du commerce des esclaves, néanmoins son poids historique dans la traite négrière est souvent surestimé. 

Dans beaucoup de guides touristiques, on associe l’île de Gorée aux onze millions d’Africains déportés vers le Nouveau Monde entre le XVIe et le XIXe siècle : on y apprend que des centaines de milliers de personnes ont fait ce « voyage sans retour » depuis Gorée. Et cela grâce aux propos passionnés de Joseph Ndiaye, conservateur de la « Maison des esclaves » sur l’île et guide y ayant accueilli des foules de touristes pendant 40 ans. Son charisme, sa verve et son pouvoir d’attraction ont transformé cet endroit en un vrai symbole de la traite négrière en Afrique de l’Ouest. Cependant, les historiens s’accordent à dire que le rôle de cette île dans ce commerce a été mineur.


La traite des esclaves sur les côtes africaines était très active pendant trois siècles (au départ de la Gambie, de Saint-Louis du Sénégal, du Bénin, du Ghana). Gorée était connue à l’époque sous le nom de Maison des Esclaves.

« Ile mémoire », un des points de la traite négrière. L’architecture de l’île est marquée par les élégantes maisons des marchands d’esclaves.

Le désert de Lompoul

Le désert de Lompoul

Le désert de Lompoul est situé dans le nord-ouest du Sénégal, à mi-chemin entre Dakar et Saint-Louis. Il donne aux visiteurs un avant-goût des grands déserts de Mauritanie.

Saint Louis, une ville dévorée par l’océan

Quand on regarde ses maisons colorées avec leurs balcons de bois, on croirait que l’île de Saint-Louis a été peinte au pastel par un génie. Sous un soleil éclatant, elle nous semble charmante, détachée, et nous fait voyager dans le temps. Ignorons pour le moment les tas d’ordures qui souillent les plages.

St Louis, plus ancienne ville construite par les colonisateurs français en Afrique de l’Ouest (1659).

Pour un passant, Saint Louis semble être une charmante petite ville de pêcheurs, avec son architecture coloniale et ses pirogues colorées, amarrées dans le port. Une courte balade sur les plages qui séparent la vieille ville sur l’île N’Dar de l’Océan Atlantique dévoilera l’envers de décor : Saint Louis se fait peu à peu submerger par les eaux, celles de l’océan et celle du fleuve.

Source : Saint Louis du Sénégal

Le centre-ville est relié au continent par le pont Faidherbe datant de 1865 (Gustave Eiffel).

Depuis des années, la ville a dû choisir entre la peste et le choléra. Situé entre le fleuve Sénégal et l’Atlantique, la ville s’est souvent fait inonder aussi bien par le fleuve que par l’océan. En 2003, des crues importantes ont forcé l’État à chercher de nouvelles solutions pour éviter l’inondation totale du centre-ville. Une brèche a été creusée dans la péninsule à quelques kilomètres de là, pour évacuer l’eau du fleuve vers la mer. L’effet de cette action est désastreux : la brèche ne cesse de s’élargir et provoque de nombreuses destructions : les villages dans les alentours disparaissent. Les carcasses des maisons, des écoles et des mosquées retrouvées sur la plage en sont les témoins.


Un pêcheur sur la plage nous approche pour nous raconter les dangers de plus en plus importants de son métier : en raison des grands bateaux industriels et de la pêche illégale, les populations de poissons ont largement diminué, ce qui force les pêcheurs à s’éloigner encore plus au large. Les accidents sont fréquents – à un jet de pierre, un cimetière de pêcheurs rappelle les noms de ceux qui ont péri. Certains, mis au pied du mur, pêchent sur la côte mauritanienne, car les poissons y sont plus nombreux ; et non sans risque – l’armée mauritanienne tirent sur les voleurs de ses ressources sans sommation.


Parc National de Djoudj

Situé à une soixantaine de kilomètres au nord de Saint-Louis, ce paradis pour les oiseaux migrateurs est la troisième réserve ornithologique au monde. Le parc s’étend dans le delta du fleuve Sénégal et constitue l’une des rares contrées vertes du Sahel. Pour se rendre sur place par la route au nord de Saint Louis, le mieux est d’emprunter un chemin invisible sur Google Maps, depuis le village de Ross Bethio, et non celui de gauche indiqué par l’application, entre Lampsar et Savoigne, beaucoup plus long et moins praticable.

Le parc, à cheval sur le Sénégal et la Mauritanie, abrite 350 espèces d’oiseaux :  flamants roses, hérons cendrés et pélicans blancs y côtoient cormorans, aigrettes et oies de Gambie. On y a vu aussi des varans qui se dissimulaient dans les herbes, ainsi que de petits crocodiles. Du côté des mammifères, les singes rouges bondissent de branche en branche, tandis que les phacochères se promènent en famille et que les hyènes attendent leur heure pour manger les restes.


Lagune de Somone

La Petite Côte s’étend sur près de 70 km au sud de Dakar, entre Rufisque et Joal Fadiouth. C’est ici que se reposent les touristes et les habitants de la capitale : on y trouve de pittoresques villages de pêcheurs, de jolies plages et une température agréable quand il fait froid en Europe.

Lagune de Somone
Si vous vous demandez où manger des fruits de mer : Bar-Restaurant au coucher du soleil propose un grand choix de poissons et de crustacés. Une vraie merveille pour les papilles !

Le delta de la rivière Somone, où nous avons passé quelques jours, réserve une jolie vue sur les bancs de sable et les forêts de mangroves où nichent de nombreux oiseaux comme les flamants roses, les pélicans ou les aigrettes.

Le Sine Saloum : les forêts de mangroves sans fin

Le Sine Saloum, une réserve abritant l’une des plus grandes mangroves de l’Afrique, se trouve au nord de la Gambie et au sud de la Petite-Côte. Le delta est formé par la confluence du Sine et du Saloum. Les eaux salées de la mer s’y frayent également leur chemin, et entrent de plus en plus profondément dans les terres.

La visite du parc est un  incontournable – on peut y passer des jours entiers à se balader en pirogue, à découvrir les îles des hyènes et des baobabs. En novembre, ces arbres mystérieux nous émerveillent avec leurs couronnes de feuilles et leurs fruits lourds portés par des branches massives.



Malgré son importance pour l’écosystème, le parc est menacé de dégradation à cause de la déforestation. L’Afrique a déjà perdu plus de 500 000 hectares de ses mangroves au cours des vingt-cinq dernières années (FAO). Depuis les années 1970, le Sénégal compte parmi les pays les plus touchés sur le continent avec près de 40% de sa superficie perdue en raison du trafic de bois et de la production de charbon. De plus, la déforestation des mangroves menace différentes espèces d’oiseaux et diminue la population des poissons qui se reproduisent entre leurs racines plongées dans les eaux.

L’île de Mar dévoile les paysages de la savane et des mangroves du delta du Sine Saloum.
Sur l’île de Mar ne circule aucune voiture. Pour se déplacer, ses habitants utilisent des « TGV locaux » : les ânes.
l’île de Mar
Possibilités de balades en pirogue : Île des oiseaux, excursion aux mines de sel de Palmarin ou excursion à la réserve naturelle de Palmarin (hyènes et puits de sel).

Pourquoi le Sénégal

Organiser seul son voyage au Sénégal ne représente pas un grand défi : on y trouve facilement à se loger, louer et conduire une voiture se fait sans embrouilles et engager une conversation avec ses habitants et toujours agréable.

Ce pays est une destination très riche par sa culture et sa nature, et je le recommande non seulement aux débutants, mais aussi aux “connaisseurs” de l’Afrique.

Quand je songe au Sénégal aujourd’hui, c’est son visage souriant et baigné de soleil que je vois. Son premier atout est son peuple qui peut nous apprendre la vraie notion de la teranga, l’hospitalité, que l’on a trop souvent oubliée dans les pays occidentaux.

Prochaine fois au Sénégal ? Les vallées fluviales de la Casamance !

Quelques sources utiles