
Le sultanat d’Oman – contrairement à ses pays voisins comme les Emirats, le Qatar ou le Koweït, a su négocier le virage vers la modernité pour marier mondialisation et tradition ; il a préservé l’authentique architecture musulmane de ses villes, ses traditions bédouines et caravanières ou les influences indiennes et africaines qui ont forgé son identité pendant les deux derniers millénaires. Car l’histoire d’Oman est depuis toujours jalonnée d’échanges commerciaux avec les continents voisins – ses dhows en teck insubmersibles ont longtemps traversé les océans entre l’Afrique et l’Asie pour transporter l’encens et les épices précieuses.

Voyager à Oman c’est comme s’immerger dans les contes des Mille et une Nuits : sous le soleil d’Arabie, à dos de chameau, dans le désert fait de dunes escarpées ou dans la fraîcheur des wadis, ces oueds nichés à l’ombre des palmeraies, Oman nous fait endosser le costume de Sheherazad et de Laurence d’Arabie.


Organiser son voyage
J’ai fait ma première visite à Oman au printemps 2016 et puis, un an plus tard, une deuxième au nord, dans les fjords de la péninsule de Musandam. Organiser son voyage là bas est simple, l’infrastructure omanaise étant très moderne et développée. Grâce au pétrole, cela reste un pays riche et qui n’a pas été touché par les conflits qui ont sévi dans les pays voisins comme le Yémen.
Il y a 4 ans, le Couchsurfing a très bien marché pour nous à Mascate et à Nizwa. Les Omanais sont extrêmement accueillants et sympathiques et je n’aurais échangé cette expérience contre aucun hôtel 5 étoiles.
La découverte du pétrole à Oman
De laborieuses recherches de pétrole ont commencé à Oman à 1925, suite aux premières découvertes de gisements sur la Péninsule Arabique. L’Iraq Petroleum Company a rapidement fait l’acquisition d’une concession pétrolière de 75 ans à Oman ; hélas, sa persévérance dans la prospection a été soumise à rude épreuve – n’ayant rien trouvé pendant des années, et vu la situation instable dans cette région désertique où les conflits tribaux empêchaient de mener à bien les travaux, la compagnie a renoncé à ses droits. Les efforts d’autres compagnies, Shell et Partex, ont enfin conduit à la découverte de premiers gisement pétroliers en 1962, ce qui a changé la donne pour toute l’économie omanaise. Même si les exportations n’ont jamais égalé celles de l’Arabie Saoudite, ses réserves ont permis au pays de prendre le chemin de la modernité et de réduire la pauvreté ; elles constituent aujourd’hui environ 0,41% des réserves mondiales de pétrole.
Diversifier son économie pour réduire la dépendance au pétrole reste toujours un gros défi pour Oman ; le pays continue donc à investir dans le développement du tourisme et dans les secteurs industriel et commercial.

Conduire sa voiture à Oman ne représente pas le même défi qu’en Egypte ou au Liban, même si les Omanais manquent parfois de courtoisie au volant. Les directions sont bien signalées et les routes de bonnes qualité ; Google Maps fera le reste pour vous.

Quant à la sécurité sur place, je ne me suis jamais sentie aussi safe dans un pays arabe qu’à Oman. Personne ne m’a embêtée, au contraire : j’ai toujours pu compter sur les gens pour trouver la bonne direction, échanger quelques mots de politesse et même pour faire de l’autostop dans les montagnes Jebel Akhdar !

Oman c’est un pays musulman et traditionnel. Se balader dans les villages en short et t-shirt sans manches en tant que femme n’est pas une bonne idée, sauf si l’on veut attirer les regards vexés des locaux. Quant au maillot de bain, il n’est autorisé que sur les plages touristiques. Si ça ne vous plaît pas, il vous reste la Côte d’Azur !

Mascate, la capitale portuaire d’Oman
Mascate est un excellent exemple de la somptuosité grandiose de l’architecture musulmane. La Grande Mosquée du sultan Qabus, édifice magnifique prévu pour 20 000 croyants, le palais royal al-Alam de ce même sultan ou encore le très bel opéra en sont les témoins.



À l’ouest de Mascate, le vieux port de Matrah accueille le souk baigné par les effluves de l’encens omanais descendu des montagnes du Dhofar et le marché aux poissons qui fait découvrir toutes sortes de créatures marines comestibles.




Une sortie en mer à bord d’un dhow au coucher du soleil vous offrira une magnifique vue sur la côte rocheuse ; au sommet d’une colline exiguë se trouve le vieux fort qui se souvient encore du temps où les marins passaient et repassaient à ses pieds. Si on a de la chance, on peut même y spotter des dauphins !
Les forts omanais
Oman reste l’un des pays les plus fortifiés au monde, reflet de l’instabilité du passé sur la péninsule ; les fonctions militaires des forts et leur rôle de refuge étaient donc indispensables pour les populations locales en cas d’invasion. On y trouve toujours plus de 500 forts, tours de guet et autres édifices fortifiés. Jamais identiques, avec leur forme dictée par leurs positions géographiques, les forts vous accompagneront tout au long de votre traversée d’Oman.
Les dhows
De tous temps, Oman a été connu pour sa maîtrise parfaite de la navigation maritime et les qualités de ses bateaux. Connaissant bien les mers et la mousson, les marins omanais, ces Sindbads expérimentés, ont su développer un réseau commercial de grande envergure à travers les siècles – jusqu’à la création d’une chaîne de comptoirs tout au long de la côte africaine (dont Zanzibar).




Mascate vous donnera plein d’opportunités pour savourer la cuisine omanaise, un vrai mélange d’épices, d’herbes et de marinades. La cuisine traditionnelle tourne autour de deux grands plats : le shuwa et le biryani. Sur la côte, on peut également déguster des fruits de mer de toute sorte.



Wadi Shab, un oued à l’ombre des palmeraies
Wadi Shab est un canyon creusé dans la roche par une rivière, un incontournable lors de votre périple à Oman. Cet oued paradisiaque, emblème d’Oman, a su nous émerveiller par sa beauté préservée, ses eaux turquoise et ses palmeraies immenses. Vous allez trouver plusieurs wadi à Oman, mais celui-là a été pour moi la vraie star des vallées.





Sour, le voyage dans le temps
Ville et port maritime dont le passé a toujours été tourné vers la mer, Sour est l’endroit le plus charmant de la région al-Sharqiya : son centre se trouve sur une île minuscule baignée par un lagon ; jadis grand centre portuaire et chantier naval renommé pour la construction de ses dhows, la ville a perdu son importance commerciale, surtout avec l’Inde, en raison de l’ouverture du Canal de Suez.
Mille ans de présence omanaise en Afrique de l’Est. Le cas de Zanzibar
Grâce à sa maîtrise de la navigation maritime et son grand appétit pour le commerce (ivoire, esclaves, épices, textiles, fer), Oman a réussi à établir toute une chaîne de comptoirs en Afrique de l’Est à travers les siècles, de Mogadiscio jusqu’à Mombasa et Zanzibar, sans oublier la côte du Mozambique. Cependant, les Omanais n’y ont jamais centralisé leur pouvoir, sauf à Zanzibar – et cela suite aux efforts d’un sultan omanais, Saïd bin Sultan.
Dans les mains du Sultanat depuis 1698, Zanzibar a initialement joué un rôle mineur dans les affaires d’Oman. Tout a changé lorsque Sultan Saïd a délaissé Mascate pour établir la capitale du Sultanat à Zanzibar. Il relance l’économie du sultanat en y restaurant les plantations de girofliers — jadis une épice précieuse et recherchée. On parle bien ici des clous de girofles, cette espèce de petite plante à côté de laquelle on passe indifféremment dans les magasins aujourd’hui.
La démarche du Sultan a enrichi l’île de Zanzibar et ses habitants, mais a destabilisé politiquement Oman, qui a connu les années d’intrigues et d’escarmouches dans le Palais de Mascate.
Très apprécié par les monarques européens grâce à son esprit coopératif, le Sultan Saïd a soutenu les expéditions de leurs explorateurs comme David Livingstone, Richard Burton et Henry Stanley ; de plus, il a joué un rôle dans l’abolition de l’esclavage en Afrique (même si ses motivations restent peu claires : opportunité politique ou scrupules humanitaires ?).



Ras al Jinz : où pondent les tortues vertes
Sur les plages de Ras al Jinz a lieu l’un de plus beaux spectacles animés par la Nature : ici pond la tortue verte, l’une des plus grandes de toutes les tortues marines (1,5 m). Les femelles ne pondent que tous les 3 à 6 ans, toujours sur la plage où elles sont elles-même nées. Comment les tortues arrivent-elles à la retrouver, alors qu’elles peuvent s’en éloigner de milliers de kilomètres au long de leur vie ? Cela reste leur secret. L’observation des tortues à Ras al Jinz est possible avec un guide local qui vous expliquera comment les approcher sans les déranger.
La ponte des oeufs
Les femelles creusent un trou dans le sable et y déposent leurs œufs, puis rebouchent le trou — un effort énorme et qui mine leurs forces. Comme le dit Malgorzata Szejnert dans son excellent livre Zanzibar, la maison de la tortue, la ponte des oeufs demande à la femelle tant d’énergie que l’on peut observer des gouttes de sueur sur son front ; les observateurs les prennent souvent pour des larmes d’épuisement.

Le désert de Wahiba
En réalité, Oman est baigné par deux mers — les eaux de la Mer d’Arabie, et les sables du désert de Wahiba, appelé ainsi d’après le nom de la tribu homonyme. Ce désert doré fait de dunes escarpées nous coupe le souffle avec son horizon infini.



Curieusement, les déserts ont été depuis la nuit des temps un objet de romantique fascination pour les voyageurs occidentaux comme Laurence d’Arabie ou l’auteur de ce blog, alors qu’ils représentent la mort et la solitude pour les bédouins.
Western Hajar, à l’intérieur du Sultanat
Dans la région appelée Al-Dakhiliya, littéralement à « l’intérieur » d’Oman, se trouvent les montagnes escarpées du Hajar, les plus hautes et les plus spectaculaires de tout le pays.
La célèbre vieille ville de Nizwa, ancienne capitale omanaise qui abritait autrefois les imams du pays, attirent de nombreux visiteurs tout au long de l’année ; elle constitue également un point de départ idéal pour explorer la région et sa palette de paysages : ses montagnes du Jebel Shams et du Jebel Akhdar, ses vieilles villes historiques en briques crues, ses plantations de dattes ou bien ses forts majestueux, dont celui de Bahla, le plus grand du pays.

Le Sultanat d’Oman actuel est la réunion de deux régions autrefois distinctes : la côte omanaise et les territoires intérieurs. Pendant plus de mille ans, Nizwa a joué un rôle clé comme ville principale de ces territoires intérieurs et siège des imams, ces chefs religieux qui en étaient les dirigeants.
Aujourd’hui Nizwa est l’une des destinations les plus accueillantes d’Oman pour les voyageurs étrangers ; vous pouvez y admirer son magnifique fort, de beaux souks et un célèbre marché aux chèvres. À voir absolument !





Oman, l’odeur de l’encens et de la nature préservée
Ce magnifique pays entre la mer de sable et l’océan Indien est un véritable joyau tous domaines confondus — avec ses cinq mille ans d’aventures et d’histoire, la diversité de ses paysages et l’accueil de ses habitants, il sera une destination parfaite pour tous ceux qui rêvent d’un Orient authentique.
Voilà la magie du Sultanat d’Oman : au nord, on serpente entre les fjords désertiques de Musandam ; à l’intérieur du pays, on rencontre les Bédouins et leurs traditions caravanières ou l’on monte aux sommets de ses montagnes vertigineuses ; sur la côte, on découvre ses villes portuaires portant l’empreinte des échanges avec l’Afrique, sa cuisine et ses tenues aux influences indiennes ; dans le sud, le climat humide du Dhofar nous déplace sur une nouvelle planète : on y admire la culture des cocoteraies, des bananeraies et des fruits tropicaux que l’on retrouve après dans la cuisine locale.








Sources
- The Rough Guide to Oman, Rough Guides, 2015.
- Dom żółwia. Zanzibar, Małgorzata Szejnert.