Le nord ivoirien, c’est le domaine de la savane, de la chaleur et des mangues. Ces mangues dont la chair devient, à chaque pas que l’on fait vers le nord du pays, plus douce et juteuse.
La Côte d’Ivoire se situe à cheval entre le climat équatorial humide du sud et le climat semi-aride du nord avec sa chaleur impitoyable, d’ailleurs à l’origine de la savane. Lors de la saison sèche, en janvier et février, l’harmattan, vent sableux du Sahara, assoiffe tout sur son passage et couvre les villes et les manguiers d’une couche de sable ocre.
Dans le nord, on s’immerge au coeur des multiples cultures de ce pays magique, dans ses coutumes, avec son peuple toujours bavard et accueillant. Ici, on s’assoit avec les habitants au-dessous d’un manguier pour papoter et boire du tiapalo, la bière à la base de sorgho, de mil ou de maïs. Ici, on admire ses danses traditionnelles sacrées et son artisanat, dont l’art se cultive depuis la nuit de temps.



Korhogo, en langue sénoufo « héritage », est le chef-lieu du District des Savanes et de la Région du Poro, frontalière du Mali et du Burkina Faso. C’est aussi le royaume des manguiers, dont les dômes verts et touffus contrastent avec la couleur rouge de la terre, la latérite. Car ici, la terre est une argile enrichie en fer et en aluminium, et puis travaillée tour à tour par les fortes pluies et la chaleur intense.
En dehors des plantations de manguiers, on y trouve d’autres cultures comme celles des anacardiers, des nérés et des karités, dont le fruit peut se manger tel quel ou se transformer en beurre, qui nous sert de matière grasse en cuisine et de produit de beauté. Sans oublier les arbres fromagers … et non, je ne vous raconte pas de salades ! Il ne s’agit pas d’un arbre sur lequel poussent les fromages bien évidemment, même si l’image est séduisante. Ces arbres doivent leur nom au simple fait que leur bois est utilisé dans la fabrication des boîtes à fromages. Bonne nouvelle pour les amoureux des baobabs — vous trouverez également ces arbres majestueux dans la région.
Nos amis d’Abidjan nous ont prévenues que les meilleures mangues se trouvaient justement ici. Mes espoirs n’ont pas été déçus – s’il y avait eu des mangues comme celles-là en France, j’aurais arrêté de manger du chocolat ! (pour leur rendre justice, les mangues importées ne sont pas mal du tout !).
Quant à la ville de Korhogo, cela vaut la peine de lui consacrer quelques jours pour découvrir son marché coloré et son centre, sans oublier ses faubourgs dédiés à l’artisanat. Si vous cherchez un vrai dépaysement, tous aspects confondus, c’est ici, à Korhogo !
Villages artisanaux du nord
Waraniéné : les tissus




Waraniéné est un village de tisserands et l’une des localités artisanales les plus connues de la région. On y trouvera de petits marchés où les artisans exposent leurs œuvres ; ils se sont organisés sur le modèle d’une coopérative, pour vendre ensemble leurs créations et partager des profits. Autrefois, leur art du tissage attirait même les Occidentaux qui étaient prêts à passer des mois « sous un manguier » afin d’en apprendre les secrets.
Les petits garçons qui vont à l’école apprennent à tisser le week-end et les jours fériés. Les moins chanceux se lancent dans la production à temps plein. L’art du tissage se transmet de père en fils.
Kapélé : les perles
Au village de Kapélé on fabrique des colliers de perles. Leur productions est très simple, selon les artisans : d’abord, on recueille de l’argile dans le lit de la rivière qui s’écoule à quelques kilomètres du village, puis on la travaille avec du beurre de karité pour qu’elle ne colle pas à la peau quand la perle est modelée.

Une fois les perles cuites et séchées, elles sont alors prêtes à être peintes. Pour la peinture, on utilise un éventail de couleurs et de motifs avec l’imagination pour seule limite à la créativité. Le tout est ensuite verni et assemblé en colliers, bracelets et accessoires prêts à rejoindre le petit stand marchand installé sous une hutte en bois.
Pour les orner, il faut chercher un grand manguier et les artistes assis à l’ombre de son dôme branchu, occupés à la création des perles.
Fakaha : les tentures sénoufo
À Fakaha on fabrique ces célèbres toiles qui auraient autrefois inspiré un certain Picasso, alors en visite discrète dans la région au début du XXe siècle.

Les tentures sénoufo sont des panneaux de toile écrue ornés de motifs peints en noir ou ocre. Leur fonction de base n’est pas ornementale, puisque leurs motifs décoratifs tirent leur origine des costumes très secrètement portés autrefois par les danseurs initiés du Poro et du Boloye (les hommes panthères). Sous l’influence de la demande occidentale, ces toiles traditionnelles vont s’enrichir de nouveaux motifs tels que personnages, danseurs et animaux.

À propos du Poro, c’est un rituel très pratiqués dans ces contrées, néanmoins jamais accessible pour les visiteurs. Il est connu par la majorité des populations établies dans les forêts guinéennes, au Liberia, en Sierra Leone, dans le Sud du Mali et ici, au nord de la Côte d’Ivoire, par le peuple Sénoufo. Selon sa conception, l’être humain, à sa naissance, est dans un état d’animalité et le Poro lui est nécessaire afin de se transformer en homme.

Le Poro couvre 3 cycles d’initiation : le premier, le Kouord, est pratiqué pendant l’adolescence. L’initié apprend entre autres les rudiments de la vie communautaire et à faire des sacrifices personnels. Il se doit d’exercer l’artisanat en confectionnant des costumes. La deuxième étape, le Tcholo, invite l’initié à contempler le sens de la vie. Il apprend des secrets sur la théologie, la philosophie et la vie en communauté, qu’il n’aurait pas pu connaître auparavant. La dernier étape, le Kaffono, mène à la connaissance suprême et à l’entrée dans le cercle des initiés.

Koni : les œuvres de fer
Doté d’un sol riche en fer, la région rassemble une communauté de forgerons ivoiriens dans plusieurs villages, dont les plus célèbres sont Kasombarga et Koni. Hélas, la plupart des forgerons ont presque abandonné leur hauts fourneaux, car ce travail fastidieux ne paye guère aujourd’hui. Les villageois n’ayant plus les moyens d’acheter leurs objets artisanaux et les touristes étant moins nombreux au nord après les violentes crises politiques, les forgerons n’arrivent pas à lutter contre leur concurrence industrielle.
Natio : le beurre de karité

Natio est le centre de fabrication du beurre de karité, extrait des noix séchés du karité. Cet arbre, comme le manguier, est extrêmement répandu dans la région des savanes. On dit que l’« arbre à beurre » possède le secret de la beauté des femmes africaines grâce à ses vertus cosmétiques ; le beurre est également utilisé comme graisse de cuisson, étant beaucoup plus sain que l’huile.


Lataha : danse de panthères
La petite localité de Lataha, située à 7 km de Korhogo, est connue comme le berceau du Boloye, danse sacrée de sénoufo et pratiquée par les seuls initiés, aussi appelée « danse des hommes panthères », car leur costume imite le pelage de ce félin.
La carrière de granit
C’est aussi au nord où je découvre à nouveau la sérénité avec laquelle les africains font face à leur existence, parfois dure et rude. Notre guide nous a également montré la carrière de granit qui se trouve dans les alentours de la ville – j’y observe, avec un appareil photo qui pèse d’un coup très lourd, les femmes, les hommes et même les enfants qui travaillent dans les conditions atroces : ils extraient, coupent, ramassent et transportent les pierres à main nue pour seulement 3 euros par jour.
Sources
- Côte d’Ivoire, Petit Futé.
- Atlas historique de l’Afrique, Bernard Lugan, 2018.
- Un métier de TITAN, Toubabou TV.
- Tourisme: La région du Poro, une destination privilégiée, RTI.
- La région du Poro, www.cotedivoiretourisme.ci


















